Bakhita, Véronique Olmi : la force d’une femme face à l’esclavage


Bakhita – Résumé

Au Soudan, en 1874, une petite fille voit son quotidien paisible basculer lorsque des trafiquants d’esclaves enlèvent sa sœur aînée, Kishmet. Quelques années plus tard, elle est à son tour capturée.

C’est le début d’une longue marche de la mort à travers l’Afrique, l’innocence de l’enfance qui s’évanouit au fil des kilomètres, se dilue dans la soumission qu’on lui impose et les chaînes qu’on lui fait porter. Le choc est si violent qu’elle en oublie son nom de naissance. On la surnomme « Bakhita », « La Chanceuse »…

Ce traumatisme est le point de départ d’un parcours incroyable qui poussera le pape à en faire une Sainte. Une histoire bouleversante de résilience et de générosité.


Auteur.
Taille du livre464 pages.
Note – ★★★★★
Bakhita, Véronique Olmi

Bakhita – Avis sur le livre

Avec Bakhita, Véronique Olmi signe un récit d’une puissance exceptionnelle, bel hommage rendu à une femme qui a fait preuve d’un courage et d’une résilience remarquables. Car il s’agit bien d’une histoire vraie, ce que j’ignorais en ouvrant ce livre.

Bakhita est née dans la province du Darfour en 1869. Son oncle est le chef du village et elle grandit au milieu d’une famille nombreuse, auprès de sa soeur aînée Kishmet et de sa jumelle.

« Le soir à Olgossa, quand le soleil avait glissé derrière les monts de pierre, les hommes et les troupeaux étaient rentrés, les chèvres étaient agenouillées sous les arbres, le cri des ânes faisait une musique fausse, la terre n’était pas encore froide, et autour du feu les gens de son village se rassemblaient. Ils parlaient fort, comme la foule sur les petits marchés.

Elle s’asseyait sur le genou de son père et elle posait sa tête contre son épaule. Quand il parlait sa voix faisait vibrer sa peau. Un frisson très long, un frisson qui avait une odeur, une musique, une chaleur. Sa jumelle s’asseyait sur l’autre genou, elle avait la même peur qu’elle dans le soir qui vient ».

Bakhita grandit, bercée par cette douce innocence de l’enfance. Elle ignore que dans le pays, sur le continent même, les petites filles, les jeunes femmes et jeunes hommes sont convoités par les marchands d’esclaves.

On les vole, on les arrache à leur village puis on les traîne vers d’immenses marchés où les prisonniers sont mis à prix et vendus au plus offrant.

Cette réalité fait irruption dans la vie de Bakhita lorsqu’elle a 5 ans et que sa sœur Kishmet est enlevée dans le village. 4 ans plus tard, Bakhita elle-même est victime de ces trafiquants. Kidnappée, elle est enchaînée et entraînée dans une longue marche, puis vendue sur les marchés d’El Obeid et de Khartoum. On la surnomme « Bakhita », La Chanceuse, car le traumatisme de l’enlèvement lui a fait oublier son nom de naissance.

C’est un monde où les jeunes esclaves sont dépossédés de tout. On les prive de leur nom, on les arrache à leurs racines, on tue parfois leurs bébés, on les bat et on les affame pour qu’ils renoncent à toute tentative de rébellion.

Certaines scènes sont d’une violence insoutenable… mais nécessaire pour réaliser que dans la vraie vie, tout n’est pas aussi romancé qu’un téléfilm. La réalité est parfois brutale et détestable.

Madre Giuseppina Bakhita
Madre Giuseppina Bakhita

Bakhita est achetée. Plusieurs fois. A travers ses maîtres successifs, elle découvre les multiples visages de la violence… et ce que signifie le mot « servitude ». Elle devient la servante mais aussi la distraction, celle que l’on exhibe dans tout ce que l’inégalité raciale a d’inacceptable :

« Quand leurs amies viennent les voir, elles leur montrent tout ce que l’esclave sait faire. Le petit singe, c’est ce qu’elles préfèrent. Bakhita pousse des cris aigus, se gratte sous les bras et attrape avec la bouche ce qu’elles lancent en l’air. Parfois aussi elle fait le cheval qui rue et galope, et leurs amies montent sur son dos à tour de rôle. Elle fait tout ce qu’on lui demande. Tout ce qu’elles veulent. Quand elle n’a pas été sage, elles la mettent au coin. Quand elles veulent impressionner leurs amies, elles lui demandent de chanter et de danser comme on fait dans sa tribu, de le faire très fort et de tout son cœur ».

Quand je lis ça, à notre époque, impossible de ne pas trouver ça révoltant. Difficile de penser que les Blancs ont ainsi traité le peuple d’Afrique. D’ailleurs, c’est déjà anormal de parler du « peuple d’Afrique » alors qu’on ne parle pas du « peuple d’Europe ».

Comme si tous ces peuples aux histoires si différentes pouvaient former un tout… Il y a encore un long chemin pour mesurer que le racisme s’insinue dans des tournures de phrases que l’on croit si ordinaires.

Difficile de se dire, aussi, que ça existe encore à notre époque, qu’il s’agisse de l’esclavage moderne ou des dérives du tourisme ethnique…

Beaucoup d’esclaves, à l’époque, ne survivent pas aux multiples violences psychologiques et physiques dont ils sont victimes. Bakhita tient debout, mue par une force inexpliquée. Peut-être est-ce celle de l’amour qu’elle a reçu, petite fille. Peut-être est-ce autre chose. Mais elle résiste et chaque pas qu’elle fait semble être à la fois une marche en avant et un effondrement.

« Les nuits sont glacées, ils avancent, blocs chancelants sur les chameaux qui tanguent, et la nervosité des maîtres n’a d’égale que leur inquiétude. Leurs ordres dans la nuit résonnent contre les pierres, ce sont les échos anciens des ordres passés avant eux, ces chefs de guerre et ces esclaves, toutes les fuites et les retraites, le trafic et le troc, le désert accueille dans son immensité rose et bleue la file des hommes sans repos, ces silhouettes qui basculent sur le dos de ces chameaux élégants et méchants, et portent sur leurs épaules la chute d’un monde ».

Il y a cette fuite, l’adieu à l’Afrique au profit de l’Italie, un pays où, souvent, on n’a tout simplement jamais vu de femme noire. Est-ce contagieux ? Va-t-on se salir les doigts en la touchant ? Faut-il y voir une manifestation démoniaque ? C’est une époque où les superstitions sont légion, où la peur est parfois mauvaise conseillère et où Bakhita va vivre une autre rencontre, une servitude infiniment différente : se soumettre à la volonté de Dieu.

Elle rencontre la religion… et même sans être croyant, on comprend en quoi cette femme brisée mais si forte peut y puiser une forme de réconfort, d’amour inconditionnel, de stabilité dans une vie qui, jusqu’alors, n’a été faite que d’adieux.

Certaines scènes du livre de Véronique Olmi vous font monter des larmes de rage face à des injustices criantes, des réactions d’un autre âge et face à la manière dont, jusqu’à la fin de sa vie, Bakhita a été traitée comme un « phénomène de foire » (y compris à l’initiative de personnes apparemment bienveillantes). D’autres vous bouleversent tant elles rayonnent d’amour.

Et l’on comprend comment Bakhita a été béatifiée en mai 1992, puis canonisée par Jean-Paul II le 1er octobre 2000, devenant une Sainte.

C’est un livre très poignant, que je vous conseille si vous avez le cœur bien accroché et la volonté d’aller à la rencontre de cette femme à la force remarquable.


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