Charlotte, David Foenkinos


Charlotte – Résumé

Charlotte Salomon a appris à lire son prénom sur une tombe. Celle de sa tante Charlotte, qui s’est suicidée à un jeune âge.

Un suicide parmi d’autres qui ont marqué le destin de cette famille du début du siècle dernier.

Difficile de grandir avec un héritage aussi lourd. Insoutenable de se voir peu à peu privée de tous ses droits dans une Allemagne où la montée du nazisme rime avec une liberté qui se réduit comme peau de chagrin.

Alors Charlotte existe par l’art.

Ses peintures lui sont aussi précieuses que sa passion amoureuse pour un homme qui lui inspirera une grande partie de son œuvre…


Auteur.
Taille du livre221 pages.
Note – ★★★★★

Charlotte, David Foenkinos

Charlotte – Critique

J’avais boudé Charlotte, le dernier roman de David Foenkinos, à sa sortie. La peinture n’est pas la forme d’art qui me touche le plus. Or, la héroïne de ce roman est une artiste peintre, Charlotte Salomon, née à Berlin en 1917. Je craignais un livre trop tourné vers des références aux mouvements artistiques de l’époque. Mais Charlotte était juive, a fini ses jours à Auschwitz en 1943 et j’attache une grande importance au devoir de mémoire sur la Shoah. Alors j’ai lu… et Charlotte restera dans ma mémoire comme un livre mémorable.

Charlotte m’a envoûtée. David Foenkinos nous la présente alors qu’elle n’est encore qu’une petite fille dans une Allemagne qui vient de se relever de la Première Guerre Mondiale. Une petite fille promise à un avenir heureux. Ses grands-parents la chérissent, son père médecin lui permet de mener une vie sans privations.

Mais Charlotte a reçu un héritage familial lourd : le suicide. Sa tante, prénommée Charlotte elle aussi, s’est donné la mort, tout comme bien d’autres membres de la famille l’ont fait ou le feront. Des suicides parfois entourés de non-dits, que l’on cache à l’enfant par peur… par peur de quoi, au juste ? Que Charlotte ne souffre ? Ou que Charlotte ne meure, elle aussi ?

L’enfant grandit peu à peu, traverse ses premiers conflits familiaux qui annoncent l’adolescence. Et son pays se transforme.

Le nazisme étend son influence sur l’Allemagne et les Juifs se voient peu à peu privés de leur liberté. Autour de Charlotte, on commence à fuir le pays, il y a ces gens qui partent et qui ne reviennent pas. Elle tombe amoureuse, éperdument amoureuse d’un homme croisé dans l’appartement familial. Elle découvre dans le dessin et la peinture une exutoire aux angoisses et aux passions qui l’habitent. Mais comment espérer entrer aux Beaux-Arts quand les Juifs sont de plus en plus mis au ban ?

David Foenkinos nous raconte Charlotte Salomon en vers libres. Une phrase par ligne. Un style qui aurait pu décontenancer mais qui, au contraire, captive : chaque point arrive comme une respiration… et de la même manière que l’on ne peut s’empêcher de respirer, on se sent poussé vers la phrase suivante.

Je n’arrivais pas à écrire deux phrases de suite.
Je me sentais à l’arrêt à chaque point.
Impossible d’avancer.
C’était une sensation physique, une oppression.
J’éprouvais la nécessité d’aller à la ligne pour respirer.

Alors j’ai compris qu’il fallait l’écrire ainsi.

Peinture de Charlotte SalomonCharlotte est bouleversante car elle renvoie l’image d’une jeune femme qui aspire au même bonheur que toutes les autres. Une jeune femme d’hier qui pourrait vivre aujourd’hui, dans laquelle toute femme peut se reconnaître. Avec ses cassures, les secrets de famille et les non-dits, ses rêves d’amour et d’épanouissement… Mais Charlotte avait du talent et Charlotte était une « Salomon » à une époque où l’on massacrait les Juifs, à plus forte raison quand ils pouvaient exercer une influence sur d’autres…

« Il faut être optimiste, se dire que la haine est périssable » écrit Foenkinos lorsqu’il évoque la propagation des idées nazies. Et d’ajouter, dans une note de bas de page : « Billy Wilder disait ‘Les pessimistes ont fini à Hollywood, et les optimistes à Auschwitz ». Charlotte y a été gazée en 1943, non sans avoir légué à un médecin ses dessins, en lui disant « C’est toute ma vie ». Et quelle vie !

L’article est illustré par des œuvres de Charlotte Salomon.


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4 commentaires sur “Charlotte, David Foenkinos

  • Serena

    C’est mon petit chouchou celui-ci ! J’ai versé quelques larmes en le lisant, ce qui ne m’arrive jamais d’habitude ! (c’est faux, mais en 30 ans d’existence j’ai pleuré 2 ou 3 fois avec des livres, guère plus, et pourtant j’en « avale » pas mal). Il y a quelque chose dans la plume de l’auteur de bouleversant. On ressent son urgence, ce besoin viscéral d’écrire, c’est un livre magnifique !

    Répondre à Serena
    • Allée des Curiosités

      Je suis d’accord avec toi et c’est d’autant plus prenant que le style est original. Habituellement, je n’aime pas trop ce type de choix stylistique qui casse les codes habituels du roman, peut-être parce que c’est souvent « mal fait » et que ça casse le rythme de l’histoire. Mais dans « Charlotte », l’exercice est mené de main de maître !

      Répondre à Allée
  • Bouquiner

    En train de le lire, véritable coup de coeur !

    Répondre à Bouquiner
    • Allée des Curiosités

      Ça m’a vraiment surprise, je t’avoue que je m’attendais à décrocher très vite… et puis, la magie Foenkinos a opéré !

      Répondre à Allée
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