Constellation, Adrien Bosc : poésie aérienne


Constellation – Résumé

Le 27 octobre 1949, 11 membres d’équipage et 37 passagers embarquent à bord d’un avion de ligne à hélices Lockheed Constellation, à Paris.

Parmi eux, le champion de boxe Marcel Cerdan, la violoniste virtuose Ginette Neveu, Hermann Kamen – à l’origine du développement du merchandising Disney mais aussi bien des anonymes.

Le vol doit faire escale sur l’île de Santa Maria, aux Açores, autour de 2h30 du matin, afin d’entamer la deuxième partie de son périple vers New York.

A l’approche de l’aéroport, le pilote annonce à la tour de contrôle qu’il a le terrain en vue… mais rapidement, les contrôleurs aériens réalisent qu’aucun avion ne se pose sur la piste…

La carcasse fumante du Constellation sera retrouvée à 90 km de là, sur l’île de São Miguel…


Auteur.
Taille du livre198 pages.
Note – ★★★★☆
Constellation, Adrien Bosc

Constellation – Critique

Adrien Bosc a reçu cette année à 28 ans seulement le Grand prix du roman de l’Académie française, une récompense qui a couronné avant lui des auteurs aussi illustres que Châteaubriant, Joseph Kessel ou Saint-Exupéry.

Je suis partie à la découverte de Constellation, ce premier roman dense et riche en références culturelles. Une lecture que j’ai eu le plaisir de partager avec Stella du blog Bouquiner : vous pouvez lire sa chronique de Constellation ici.

Adrien Bosc a mené une enquête documentée pour nous raconter comment 48 destins ont convergé vers ce même avion, à cette même date… vers cette même tragédie. Certains rejoignaient leur famille, d’autres partaient travailler en Amérique, beaucoup n’auraient jamais pu se payer le voyage sans un concours de circonstances.

Et puis, il y a toujours ceux sur qui une bonne étoile semble avoir veillé : celui qui a raté la correspondance parce que son vol précédent avait été retardé, ceux qui ont gracieusement accepté de céder leur place à bord aux voyageurs pressés qui ont fait valoir un droit de priorité afin d’embarquer à tout prix dans ce Constellation.

C’est là la ritournelle des crashes aériens.

Adrien Bosc nous entraîne tour à tour dans ces chemins de vie mais aussi dans les airs, à bord du vol lui-même. On suit le déroulement du trajet, on imagine l’expérience unique que représentait à l’époque un vol transatlantique (le premier vol commercial remontant à 1928). Puis c’est le silence, l’avion qui n’arrive pas dans cet aéroport, l’espoir, les recherches… et la vérité.

Un Constellation photographié au Bourget
Un Constellation photographié au Bourget (© Tommpouce)

Ça aurait pu n’être qu’un banal récit d’accident d’avion… mais l’écriture est poétique, soignée et érudite. On y retrouve des références médiatiques, politiques, philosophiques, historiques voire techniques lorsqu’il s’agit de retracer le parcours du Constellation avant le crash.

Adrien Bosc comprend la musique des mots, leur diversité et leur puissance : « la mer d’Arthur Rimbaud infusée d’astres et lactescente, les clapotements furieux des marées, les archipels sidéraux et les îles dont les cieux délirants sont ouverts au vogueur : est-ce en ces nuits sans fond que l’avion s’endort et s’exile ? »

Mais Adrien Bosc laisse aussi la place aux croyances, aux prédictions, aux intuitions, qui n’ont rien de scientifique et de précis mais qui, parfois, résonnent étrangement face au destin.

J’ai aimé ce langage qui échappe aux poncifs mille fois entendus dans les médias quand survient ce type de tragédie. J’ai aimé que, justement, on n’en fasse pas un « type de tragédie » mais une triste aventure commune qui a réuni des hommes et des femmes à un point de leur vie.

A force de compter les morts dans les accidents d’avion et autres drames, on oublie que derrière chaque chiffre, il y a une vie.

J’ai aimé qu’Adrien Bosc donne autant d’importance aux anonymes qu’aux célébrités et rappelle qu’il n’est de gloire véritable sans travail, comme lorsqu’il écrit à propos de la violoniste Ginette Neveu : « Il est aisé d’accoler à sa précoce carrière le terme de ‘prodige’ et de manquer, par la facilité des caricatures, la volonté implacable de l’enfant, l’acharnement et la discipline, bras armé de son génie ».

J’ai aimé, derrière l’érudition, cette humilité, cette sobre beauté du langage.


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