Du domaine des murmures, Carole Martinez : une femme emmurée


Du domaine des murmures – Résumé

1187. Le jour de son mariage, la jeune Esclarmonde choque l’assemblée en refusant la main de l’homme qui lui est destiné par son père, seigneur des Murmures. Contre sa volonté, elle annonce sa décision de vouer sa vie à Dieu.

On lui bâtira une chapelle, dont elle ne pourra pas sortir, et elle y mènera jusqu’à sa mort une vie de recluse, rythmée par la prière, puisque tel est son vœu.

Une fois la stupéfaction et le scandale apaisés, la construction de la chapelle débute… mais la veille de son enfermement, Esclarmonde est confrontée à un événement qui va totalement bouleverser la manière dont elle aborde ce choix de vie.


Auteur.
Taille du livre240 pages.
Note – ★★★★☆

Du domaine des murmures, Carole Martinez

Du domaine des murmures – Avis sur le livre

Dans le Moyen-Âge du 12e siècle, une jeune fille ne choisit pas son destin. Son père décide pour elle, alors qu’elle est encore presque une enfant, de qui sera son époux… et elle n’a d’autre choix que d’accepter l’union et d’enfanter des héritiers une fois celle-ci célébrée.

Mais Esclarmonde, la héroïne du récit, se refuse à épouser quelqu’un qu’elle n’aime pas. Alors, le jour du mariage, elle se tranche l’oreille dans un geste qui ne manque pas de théâtralité et affirme sa volonté, la volonté de Dieu, de vivre en recluse durant le restant de son existence, se vouant à la prière.

Carole Martinez nous raconte dans ce roman un choix fort, qui est celui de la liberté sous une façade d’enfermement, à une époque où le statut des femmes se résumait à l’obéissance. C’est avoir la liberté de ses idées, des ressentis que l’on s’autorise à éprouver, des pensées qui peuplent notre imaginaire.

Mais c’est aussi un récit de maturité : la manière dont on conçoit la vie à 15 ans n’est pas celle dont on la conçoit bien plus tard, en ayant acquis de l’expérience. Esclarmonde semblait nourrir une vision quelque peu romantique de la réclusion, l’idée d’un sacrifice honorable et honoré et d’une vie de solitude face à elle-même.

Elle découvre peu à peu qu’en réalité, les pèlerins affluent au pied de sa chapelle, lui confiant leurs tourments et attendant d’elle un guidage spirituel. Elle découvre l’impuissance d’être coincée entre quatre murs lorsque certains événements exigeraient sa présence à l’extérieur. Et le choix fait à 15 ans semble bien lourd à porter quelques années plus tard.

Néanmoins, on admire la vivacité d’esprit qu’elle manifeste pour repousser les murs de sa petite chapelle, « voir » loin au-dehors de ce que le monde réserve aux gens libres. C’est, d’ailleurs, la réalisation que les gens « libres » ne le sont pas toujours, même si leur corps peut aller où bon leur semble : parfois, ils sont prisonniers de leur culpabilité, de leurs désirs, des pressions de la société.

Le cadre dans lequel se déroule l’histoire est peu commun, la plume de Carole Martinez nous le rend intime et profond. Elle capture aussi bien les lieux que les personnages avec finesse, y compris les personnages secondaires comme Lothaire, le fiancé volage rejeté sur l’autel, contraint à vivre un amour sans lendemain mais fidèle.

Derrière le récit d’un emmurement, on touche du doigt cet autre temps où les phénomènes inexpliqués effrayaient, où l’on inventait des contes pour tromper la peur de l’inconnu. Cela contribue à donner une dimension poétique au récit… mais le rend aussi, parfois, d’autant plus cruel.

Une lecture inattendue par son sujet mais qui mérite le Prix Goncourt des Lycéens qui lui a été accordé en 2011 !


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