L’enfant-mouche, Philippe Pollet-Villard : une orpheline en temps de guerre


L’enfant-mouche – Résumé

Infirmière au Maroc, Anne-Angèle est rappelée en urgence à Paris car sa sœur vient d’avoir un grave accident. Là-bas, elle apprend que celle-ci avait fait une promesse : prendre sous son aile une jeune orpheline à l’identité mystérieuse.

L’infirmière doit-elle se faire le relais de sa sœur et accueillir la petite ? Qui est-elle ? On se méfie de tout et de tous en cette période de Seconde Guerre Mondiale !

Il serait sans doute plus simple de repartir à Casablanca comme cela était prévu… mais Anne-Angèle se laisse gagner par sa curiosité, plongeant dans un destin qu’elle n’avait pas imaginé une seule seconde…


Auteur.
Taille du livre420 pages.
Note – ★★★★☆

L'enfant-mouche, Philippe Pollet-Villard

L’enfant-mouche – Avis sur le livre

Quel livre touchant que L’enfant-mouche de Philippe Pollet-Villard, publié chez Flammarion ! Sans être un témoignage, ce roman s’inspire de l’histoire de sa mère et l’on découvre vite en lisant que ce ne fut pas une ligne droite, loin de là.

C’est une histoire de femmes… ce qui n’est guère étonnant quand on sait que le roman commence en 1944, époque à laquelle tous les hommes valides ou presque sont partis à la guerre. La première de ces femmes s’appelle Anne-Angèle.

Infirmière à Casablanca, elle mène une existence épanouie, quelque peu éloignée des pays où la guerre fait rage… jusqu’à ce jour où, alors qu’elle soigne un patient atteint de la syphilis, elle reçoit un télégramme qui l’informe que sa sœur a été victime d’un grave accident. Perturbée par la nouvelle, elle a un instant d’inattention de trop, et se fait mordre par son patient.

Changement de décor : nous retrouvons Anne-Angèle à Paris et l’on apprend très vite qu’avant son accident, sa sœur avait fait une promesse : accueillir une petite orpheline, Marie, à qui elle prétendait être liée.

Evidemment, au cœur de la Seconde Guerre Mondiale, voilà qui pose bien des questions morales à Anne-Angèle : doit-elle respecter la parole de sa sœur et s’occuper de l’enfant ? Qui est réellement cette petite fille et cherche-t-on à dissimuler son identité parce qu’elle est juive ? Comment nourrir deux bouches quand tout manque ? Et Anne-Angèle a-t-elle attrapé la syphilis, contaminée par son patient ?

Peu à peu, c’est Marie qui devient le personnage principal du roman. Comme une mouche posée sur un muret, Marie a appris à observer, à se taire et à se débrouiller dans un monde qui n’a pas de place pour les faibles. Elle vit bien des situations qu’elle ne devrait pas vivre à son âge mais en temps de guerre, tous les repères habituels semblent effacés.

Philippe Pollet-Villard nous décrit Marie d’une plume qui bouleverse : elle a la candeur de l’enfance, se prend d’affection pour un chaton rescapé de la noyade qu’elle prénomme « Paillassonne », est incapable encore d’interpréter l’attitude de certains adultes autour d’elle, incapable de se projeter dans ce que la guerre représente car ce sont des problèmes d’adultes.

Elle vit au jour le jour, capture les instants de joie quand elle le peut : l’odeur si douce d’un bébé que l’on serre contre soi, le maigre repas qui fait tant de bien quand on a faim… Elle prend des risques parce qu’à son âge, on se sent invincible.

L'enfant-mouche, Philippe Pollet-Villard

De Marie et d’Anne-Angèle, on apprend beaucoup de choses et, à la fois, on n’obtient pas toutes les réponses aux questions qui nous habitent. Que se cache-t-il dans les vides de leur parcours tus par l’auteur ? Que deviennent-elles ensuite, plus tard, dans une autre vie ? J’ai ressenti une certaine frustration à ne pas avoir ces réponses… et pourtant, cela contribue aussi à faire de L’enfant-mouche un livre qui vous marque, car il laisse de la place à votre imagination.

Et puis, d’une certaine manière, ces manques sont à l’image de la vie que mènent les personnages, débordante d’incertitudes.

Les privations de la guerre côtoient le danger de la Résistance, c’est un monde où les milieux sociaux et les histoires se heurtent, que l’on soit à Paris ou dans un village. La société révèle parfois son pire visage mais, jamais très loin, pétillent de petites étincelles d’espérance…

Marie n’a pas reçu l’héritage d’une famille, le confort d’une vie privilégiée. Son quotidien est marqué par le dénuement : affectif, financier et parfois intellectuel. Elle est remarquable par sa « banalité », et c’est ce qui la rend humaine et captivante.

Philippe Pollet-Villard disait en 2017 en interview quelque chose de très juste :

« Je crois qu’en temps de guerre, l’histoire ne retient que la Grande Histoire. Moi, j’ai essayé de traiter ça par le petit bout de la lorgnette, par le regard d’une enfant.

Ce qui m’intéresse beaucoup, c’est la dimension un peu schizophrénique de la guerre : on dit toujours que pendant la guerre, il y a le bien, le mal ; l’ennemi, la Résistance, les collaborateurs… mais je crois que ce n’est pas ça, en réalité. Et c’est très dur d’imaginer ce qui se passe dans la tête de quelqu’un quand, dans son pays, le nom des rues change, la couleur du drapeau change, quand les gens parlent une langue étrangère »…

Alors n’hésitez pas à vous ouvrir à cette « petite histoire » qui éclaire la Grande…


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