Entretien avec un vampire, Neil Jordan


Entretien avec un vampire – Résumé

La Nouvelle-Orléans, 1791. Louis de Pointe du Lac est le maître d’une grande plantation, un maître apprécié mais inconsolable. Il a perdu sa femme et leur bébé un an plus tôt et depuis le drame, n’est plus que l’ombre de lui-même, espérant que la mort vienne mettre un terme à ses souffrances.

Elle se présente sous les traits d’un séduisant vampire, Lestat, qui offre à Louis un choix terriblement attirant : ne plus connaître ni la mort ni la souffrance, jouir d’une jeunesse éternelle… en devenant à son tour un vampire. Louis se laisse convaincre mais quelle vie peut donc mener un immortel ?

200 ans plus tard, Louis décide de confier son histoire à un journaliste…


RéalisateurNeil Jordan.
Durée du film minutes.
Note – ★★★★☆

Entretien avec un vampire, Neil Jordan

Entretien avec un vampire – Critique

Poursuivant mon exploration des films mythiques du cinéma, j’ai découvert Entretien avec un vampire. Un véritable exercice de style adapté d’un roman d’Ann Rice, avec des décors grandioses et un casting impressionnant où l’on retrouve notamment Brad Pitt (Louis), Tom Cruise (Lestat) ou encore Kirsten Dunst (jouant une enfant vampire).

Entretien avec un vampire m’a semblé être avant tout une histoire de dilemme moral. Une succession de choix à faire, tous difficiles et tous lourds de conséquences. C’est le choix de Louis qui s’efforce de vivre tout en aspirant à mourir. C’est le choix qu’il fait de succomber au pouvoir séducteur de Lestat. C’est son combat contre la nature intrinsèquement violente du vampire, qui se nourrit de la faiblesse des autres. C’est le choix d’arrêter de vieillir, dont les implications peuvent être complexes pour certains…

Louis est un héros sensible. Malgré son statut d’immortel, il conserve une conscience très humaine. Il réalise qu’être un vampire, c’est passer outre l’interdit de tuer que la morale nous enseigne dès notre plus jeune âge, c’est oublier la notion habituelle du Bien et du Mal puisque l’on ne peut survivre qu’en attaquant des mortels. C’est porter la responsabilité de convertir d’autres êtres au vampirisme tout en sachant ce qu’il implique de solitude et de tourments.

Cette sensibilité, Brad Pitt la restitue très bien. Ce n’était déjà plus un acteur débutant quand le film est sorti mais il garde une certaine candeur et une certaine imperfection dans son interprétation qui siéent tout à fait au personnage. Il se crée une dynamique passionnante entre Louis et le Lestat joué par Tom Cruise. Lestat est censé être un mentor, celui qui initie Louis au vampirisme. Décomplexé, il exerce une séduction naturelle sur les autres mais peine à accepter les tergiversations morales de son élève.

Brad Pitt (Louis) et Tom Cruise (Lestat)
Brad Pitt (Louis) et Tom Cruise (Lestat)

L’histoire nous est racontée sous forme de flashbacks : à l’époque moderne, Louis croise en effet la route d’un journaliste à qui il décide de confier le récit de sa vie. On revit donc avec lui des épisodes de son existence mais les « retours au présent » restent suffisamment courts et épisodiques pour que l’on ne perde pas le rythme et l’émotion de l’intrigue.

Les décors du film sont somptueux. Comme vous vous en doutez, presque toutes les scènes se déroulent de nuit, vampires obligent ! Malgré cette lumière quelque peu ténébreuse, l’équipe a su créer de véritables univers visuels : des manoirs majestueux, des fêtes animées, des bateaux et des cryptes, un bien étrange théâtre… Ces décors créés par Francesca Lo Schiavo (à qui l’on doit aussi ceux du film Sweeney Todd de Tim Burton) ne sont pas les seuls éléments qui contribuent à l’esthétique globale.

Les costumes (signés Sandy Powell) et les maquillages (créés notamment par le maître des effets spéciaux Stan Winston) donnent une signature visuelle magnifique à l’ensemble. J’ai aussi beaucoup apprécié la musique mêlant des classiques de Haydn, Mozart et Haendel à des compositions inédites. Elle joue un véritable rôle aussi bien pour véhiculer des émotions que pour créer des effets de surprise.

Si l’épaisseur psychologique des personnages et l’esthétique m’ont séduite, j’ai été moins convaincue par le scénario lui-même. Il met bien vite à l’honneur l’obsession principale du vampire : se nourrir. Alors forcément, ça saigne. Beaucoup, tout le temps, un peu trop. Et pour autant, ce n’est pas un film d’horreur. Il y a bien quelques moments où, pris par surprise, on sursaute face à un rebondissement inattendu… mais la dimension dramatique prend toujours le pas sur l’épouvante. Au bout d’un certain temps, j’ai eu l’impression de retrouver sans cesse le même ressort : la nécessité de tuer, le dilemme moral, la solitude…

Parfois, je me suis sentie en tant que spectatrice sur une étroite cordelette entre un beau film et un film kitsch (longues canines, teint blafard et faux sang !)… sans jamais tomber et avec, au final, le sentiment d’avoir vu un regard singulier et non dénué d’intérêt sur le mythe du vampire, maintes fois revisité par le cinéma.


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2 commentaires sur “Entretien avec un vampire, Neil Jordan

  • Yacine

    j’ai l’impression que tu es passe un peu a cote! L’objectif du film n’est pas de montrer le dilemne du vampire(Louis) entre le bien et le mal. Cette notion n’aque peu de sens ici. Pourquoi serait-il mal pour un V. de se nourir du sang des humains? Les hommes ne se nourissent-ils pas de viande animal? Le v. ne serait qu’un predateur “naturel” de l’homme. Ce qui est mis en avant est d’avantage le cote “quete de soi-meme”, il evite alors de tuer pour ne pas perdre ses reperes mais il ne sauve a aucun moment les proies de l’Estat ou de l’enfant vampire. D’ailleurs Brad Pitt se nourrit d’etre humains depuis l’adoption de la petite fille vampire. (cf. moment ou l’Estat lui dit qu’auparavant Louis se nourrissait de rats, elle apparait alors choque). Il est vide dans sa condition de vampire et cherche a se ratacher a son humanite du passé en allant contre sa nature primaire de v. Il souhaitait mourir, il a obtenu la vie eternelle, mais une vie eternelle a la recherche d’une humanite disparue.

    Comme le dit Antonio Banderas, Brad Pitt est le reflet de son époque, c’est pour cela qu’il “le veut” et est prêt a sacrifier toute sa troupe. Cette maniere de voire les choses differement serait alors le reflet de la societe, la nouvelle “bien penssance” [comme pourrait l’etre celle des vegetariens aujourd’hui]. Louis n’est plus humains mais il n’a pas tout a fait accepte sa condition de vampire, il est au milieu, ce qui le rend special. Il n’y a pas de dilemne, le realisateur met en evidence la beaute de la vie a travers ce vampire vieux de 400 ans mais a genoux pour pouvoir retoucher du doight(a travers Louis qui serait un bridge) l’humanite qui n’existe plus en lui.

    Aparte: le film met en avant une relation homme/homme qui adopte un enfant pour l’equilibre du couple. Louis est appele la mere et l’Estat le pere dans le film. L’Estat acceptant de “faire” l’enfant pour le bien etre de son compagnon (Louis). Mais cela est fait de maniere non reflechit et dans la precipitation, est-ce un enfant desire? (cela ressemble plutot a une capote qui craque).

    Par la suite l’enfant devient source de conflit, “crise d’adolescence”, “ingerable”. Le divorce est inevitable. Enfin la finalite de la relation enfant/mere, qui obtient la mere en tuant le pere.
    Cependant un homme seul, meme jouant le role de mere peut-il rellement palier cette absence? L’homme est-il soumis a suivre ses pulsions? L’amour de Brad pitt pour Banderas…
    L’enfant vampire comprend et se trouve alors une nouvelle mere, qui elle est prete a vivre et tout donner(seul une mere/femme en est capable ?) pour elle jusqu’a mourir sous le soleil en la protegeant de ses bras aimant. (cette scene met aussi en avant que Louis n’a pas le monopole du sentiment dans le monde des vampires, et que la femme fraichement vampire garde toujours en elle l’amour qu’elle avait pour sa fille).

    Enfin bref tellement de choses a dire sur ce film que de le reduire a “il est gentil, il veut pas tuer les humains, c’est donc un peu ennuyant” fait mal au Coeur ^^

    Répondre à Yacine
    • Allée des Curiosités

      Hello Yacine, merci d’avoir pris le temps de partager ton analyse du film. Je suis d’accord avec toi sur l’idée qu’un vampire serait « un prédateur naturel de l’homme », c’est d’ailleurs ce que j’entendais par « nature intrinsèquement violente du vampire ». Je pense qu’un vampire est, par nature, incapable de se nourrir autrement qu’à travers ce qui apparaît comme de la violence (= mordre un être vivant et boire son sang). Ce n’est pas « mal » en soi si l’on considère ça sous l’angle de la prédation… mais ça peut paraître « mal » aux yeux de quelqu’un qui a vécu dans la peau d’un humain jusqu’à présent.

      Quand on inscrit ce film (et l’oeuvre d’Ann Rice) dans la longue tradition des oeuvres sur les vampires, je trouve que ce qui ressort c’est justement cette notion d’humanité, de moralité et accessoirement, de capacité à avoir des émotions (= avoir un enfant, vivre avec quelqu’un, l’aimer). Le vampire n’apparaît plus comme une créature solitaire et morte émotionnellement, on sort de l’image du monstre pour se rapprocher de celle d’une « personne », certes différente d’un humain classique, mais avec certains traits qui la rendent plus humaine.

      Il y a des traces de cette tendance dans de très vieilles oeuvres comme « Carmilla » de Sheridan Le Fanu où une jeune femme éprouve une attirance lesbienne pour une femme vampire qui la séduit. On introduit la notion de sensualité parallèlement à celle de l’horreur. Mais on restait dans une vision classique de « la pauvre victime naïve manipulée par le vampire » et de la femme vampire vénéneuse mais incapable d’aimer réellement…

      Je trouve qu’au fil du siècle dernier, on est allés de plus en plus vers la tendance qu’on retrouve à son paroxysme dans Entretien avec un vampire, qui est de montrer le vampire sous un angle qui nous rend capables d’éprouver de la compassion pour lui. Dans le Dracula de Stoker, on a de la compassion pour Jonathan Harker mais peu pour Dracula lui-même. Avec les nouveaux vampires, on peut « se mettre à leur place » parce qu’ils éprouvent des dilemmes et émotions qui sont les nôtres.

      Lestat est à mes yeux l’héritier de l’ancienne tradition, c’est le vampire qui séduit pour parvenir à ses fins de la même manière que la vampire de « Carmilla » le faisait, et qui a décidé d’accepter sa condition sans sourciller (Ann Rice l’a d’ailleurs écrit dans son roman, où elle dit qu’il est déterminé à tirer le meilleur parti de cette aventure qu’il n’a pas choisi de vivre). Alors que Louis s’inscrit plutôt dans cette tradition moderne de la littérature sur les vampires, en éprouvant des sentiments comme la culpabilité ou l’amour. D’ailleurs, dans le bouquin, la dimension homosexuelle est beaucoup plus évidente que dans le film.

      Pour moi, c’est cet aspect du vampire (la « conscience » presque humaine des choses, le fait d’avoir des dilemmes et la conscience d’un choix à faire) qui est intéressant dans le film parce qu’il est en quelque sorte le paroxysme d’une évolution de la figure du vampire en rupture avec des formes plus traditionnelles…

      Répondre à Allée
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