Et tu n’es pas revenu, Marceline Loridan-Ivens : mémoires de déportation


Et tu n’es pas revenu – Résumé

Le 13 avril 1944, Marceline Loridan-Ivens est déportée à Auschwitz-Birkenau avec son père, Shloïme Rozenberg, par le convoi 71 en provenance du camp de Drancy. A ses côtés, Simone Veil.

Le père de Marceline ne reviendra pas. Dans ce livre, elle évoque à la fois sa déportation mais aussi cette absence avec laquelle elle a dû affronter la vie, après la guerre. Une vie marquée par les souvenirs hantés de cette époque…


Auteur.
Taille du livre128 pages.
Note – ★★★★☆

Et tu n’es pas revenu, Marceline Loridan-Ivens

Et tu n’es pas revenu – Avis sur le livre

Marceline Loridan-Ivens nous a quittés le 18 septembre 2018, un an après son amie Simone Veil avec qui elle a pris un aller simple pour l’enfer, le 13 avril 1944. Elle est revenue… mais comme elle le confesse dans ce livre autobiographique, on ne revient jamais vraiment d’un lieu comme Auschwitz-Birkenau.

Marceline Loridan-Ivens a 15 ans lorsqu’elle est arrêtée par la Gestapo avec son père dans leur demeure du Vaucluse. Elle s’appelle alors Marceline Rozenberg, elle est juive… et dans la France occupée de l’époque, cela ne pardonne pas. Ils sont envoyés à Drancy, puis montent dans un convoi vers Auschwitz-Birkenau où ils sont tous deux jugés aptes au travail.

Shloïme Rozenberg, le père de Marceline, s’est séparé de sa fille avec un message poignant :

« Toi, tu reviendras peut-être parce que tu es jeune, moi je ne reviendrai pas ».

Et il n’est pas revenu. Elle se souvient pourtant qu’il lui avait écrit, au péril de sa vie, une lettre dont elle a oublié la teneur mais qui lui avait donné un peu de force, un peu d’humanité dans un monde sans espoir. Elle se souvient qu’il lui avait glissé un oignon et une tomate dans la main, alors qu’elle s’était évanouie sous les coups des SS, sans doute la seule nourriture qu’il avait pu se procurer.

Mais elle se souvient surtout du vide qu’il a laissé. Elle n’a pas su comment il était mort, s’il était tombé d’épuisement, abattu froidement par les SS… mais au lendemain de la guerre, elle a très vite pris conscience qu’il allait falloir se construire avec l’absence et les questions sans réponse :

« Si nous avions eu une tombe, un endroit où te pleurer, les choses auraient peut-être été plus simples.

Si tu étais rentré, diminué, malade, pour mourir comme tant d’autres, car rentrer ne voulait pas dire survivre, nous t’aurions vu partir, nous aurions serré tes mains jusqu’à ce qu’elles soient sans force, nous t’aurions veillé nuit et jour, nous aurions écouté tes dernières pensées, tes murmures, tes adieux, ils auraient chassé à tout jamais la lettre qui me manque aujourd’hui, ils auraient apaisé Michel, rassuré Henriette, ils nous auraient fourni à tous une seule et même image de fin ».

Ce que l’on a volé à Shloïme, à sa fille, à ses proches, c’est la dignité. « Mourir dans la dignité », un enjeu qui prend tout son sens quand on lit ce type de témoignage. Et la dignité, ce n’est pas de périr dans l’anonymat et la misère d’un camp de concentration.

Et tu n’es pas revenu, Marceline Loridan-Ivens
Et tu n’es pas revenu, Marceline Loridan-Ivens

Marceline Loridan-Ivens évoque aussi avec beaucoup de pudeur le fait que l’on ne se remet jamais d’une telle expérience de déportation. Bien sûr, on peut trouver dans la vie des sources de joie… mais il reste des blessures incurables. A commencer par celle d’un souvenir que l’on doit porter seule, comme l’écrit l’auteur en songeant à son père :

« [Si tu avais été là], nous aurions été deux à savoir. Nous n’en aurions peut-être pas parlé souvent, mais les relents, les images, les odeurs et la violence des émotions nous auraient traversés comme des ondes, même en silence, et nous aurions pu diviser le souvenir par deux« .

Marceline Loridan-Ivens raconte le retour, l’incapacité à dormir sur un matelas et les nuits passées par terre, au pied du lit, le corps incapable de supporter la douceur. La faim terrible, le besoin de manger sans cesse au retour des camps pour compenser les privations… puis la peur, une vie durant, de grossir :

« Si je suis restée sèche, menue, c’est parce que j’ai souvent pensé devant ma glace, dix, vingt ou trente ans plus tard, Faut que je reste mince et svelte pour ne pas passer au gaz la prochaine fois ».

Et puis, il y a ces situations anodines qui réveillent les angoisses et révèlent la profondeur du drame :

« Je tremblais dans un hall de gare. Je refusais toute salle de bains avec douche à l’hôtel. Je ne supportais pas la vue des cheminées d’usine. On le sent toute sa vie qu’on est revenu ».

Simone Veil, sa camarade de déportation, avait elle aussi ses démons :

« Je l’ai vue prendre des petites cuillères dans les cafés et les restaurants, les glisser dans son sac, elle a été ministre, une femme importante en France, une grande figure, mais elle stocke encore les petites cuillères sans valeur pour ne pas avoir à laper la mauvaise soupe de Birkenau. S’ils savaient, tous autant qu’ils sont, la permanence du camp en nous. Nous l’avons tous dans la tête et ce jusqu’à la mort ».

Et tu n’es pas revenu fait partie des témoignages poignants à lire sur la Shoah, il éclaire beaucoup le ressenti des survivants de la déportation, une manière de faire vivre leur mémoire encore longtemps et de faire honneur à leur immense résilience.


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