Hommes des tempêtes, Frédéric Brunnquell : parmi les marins



Hommes des tempêtes – Résumé

Alors qu’il travaille à l’écriture d’un documentaire sur les grandes pêches de Terre-Neuve, Frédéric Brunnquell apprend que l’un des bateaux utilisés lors de ces campagnes navigue encore. C’est ainsi qu’il embarque à bord du Joseph Roty II, le plus grand navire de pêche français, pour ce qui doit être une pêche de cinq semaines au merlan bleu.

A bord, il va être le témoin privilégié de la vie des marins. Une vie rude, loin des siens, à la merci des tempêtes et du poisson. Un travail physique, éreintant mais aussi libérateur dans des parcours de vie où, parfois, être marin est une voie qui s’est présentée au bon moment.


Auteur.
Taille du livre224 pages.
Note – ★★★★☆

Hommes des tempêtes, Frédéric Brunnquell

Hommes des tempêtes – Avis sur le livre de Frédéric Brunnquell

Le récit de Frédéric Brunnquell, paru chez Grasset en 2021, se lit comme un documentaire. On embarque avec lui sur le plus grand navire de pêche français, le Joseph Roty II, se faufilant dans les coursives et tanguant au rythme des vagues.

Ce livre est né d’une expérience vécue par l’auteur alors qu’il préparait le documentaire du même nom, Homme des tempêtes, lauréat du Grand Prix du Festival Mémoires de la mer 2019. Il a navigué durant plusieurs semaines aux côtés des marins.

« Nous étions début mai, le Joseph Roty II partait cinq semaines pêcher le merlan bleu en Atlantique nord. Ces marins au long cours quittaient le port, anonymes, sans un adieu, ni de leur famille, ni des Malouins.

Leur univers pue, il est trop sale, trop gras, trop rouillé, pas assez glamour ni sponsorisé pour mérité l’attention. Ces marins vivent chaque année neuf mois sur l’océan, ils n’ont jamais vu les arbres en fleurs des printemps à terre, ils sont absents pour la naissance de leurs enfants, mais ils racontent la condition humaine, le goût des hommes pour l’ailleurs, le besoin de fierté, celui des rêves inaboutis, et l’obsession de la conquête qui se paie de tant de douleurs ».

L’équipage de 55 hommes ne se dévoile pas d’un seul coup. Entrer dans leur quotidien se mérite. Ce sont des hommes rudes, qui exercent un métier difficile face à un océan sur lequel ils n’ont que peu de prise.

Ils embarquent pour longtemps, dans l’exiguïté de cabines enfumées et jaunies par la nicotine des autres, loin de leur famille… avec l’espoir de réaliser une belle campagne de pêche qui leur remplira les poches pour profiter de la terre, avant un nouveau voyage.

Ils ont de la pudeur, de la dignité dans cette façon de ne pas aborder la solitude, la dureté du travail. Ils ont du mérite, à faire un métier physique, où l’on se ronge les sangs dans l’attente du poisson, la crainte des jours de tempête… mais où la remontée du chalut sonne comme un appel à l’énergie formidable, qui réveille le bateau et les espoirs.

Frédéric Brunnquell se fait peu à peu une place… en essayant de prendre le moins de place possible. Car il est l’intrus, celui qui filme, celui qui peut donc trahir ce que les marins ne souhaitent pas montrer. Leurs moments de doutes, tandis qu’ils envoient à la terre des messages rassurants.

Les hommes sont tous touchants à leur manière : bourrus, rudes, s’insultant parfois les uns les autres, mais soudés le temps du voyage par des conditions qui ne permettent pas aux rapports humains de souffrir.

Hommes des tempêtes, Frédéric Brunnquell
Hommes des tempêtes, Frédéric Brunnquell

Beaucoup de ces hommes ont découvert la pêche très jeunes, à l’adolescence. Parfois dans un contexte de décrochage scolaire, de « petites bêtises » qui auraient pu mener à de grosses bêtises si la mer n’avait pas été là. Ils ont été mousses, ils ont appris la mer et son langage mystérieux.

« Sa pire trouille est celle de ne plus être intime avec l’océan », résume Frédéric Brunnquell au sujet du capitaine du navire, une phrase qui exprime la force du lien qui unit ces hommes avec l’eau.

Le Joseph Roty II est le seul bateau européen capable de fabriquer de la pâte à surimi. Il est donc pourvu d’une véritable usine qui transforme le poisson « sur place », dès qu’il est pêché en mer. Et les statuts, sur le bateau, s’expriment dans des détails :

« Sur le pont, dans la cale, les matelots pataugeront bientôt en bottes dans la flotte et la tripaille de poisson, le capitaine dirigera le navire depuis le château, les pieds au sec. Ces chaussons bon marché, avec leur fourrure synthétique et leur semelle de vinyle, sont un des attributs des chefs de pêche, la marque paradoxale de leur autorité. Alain les fait instinctivement glisser sur le lino du plancher pour que tout le monde les entende. Ce raclement des charentaises est le son du capitaine ».

C’est à travers ce type de détail, capturé par l’œil (et l’oreille) attentif de Frédéric Brunnquell, que l’on s’invite à bord du chalutier.

Et puis, il y a ces témoignages qui racontent la vie à bord : la cigarette et l’alcool clandestin pour tromper l’ennui, le travail et les jours à rester couché, la musique en toile de fond… L’électronique, qui a transformé les relations entre les hommes : l’époque des jeux de cartes et des soirées animées a souvent laissé place à des moments où chacun va se calfeutrer dans sa couchette pour regarder les séries stockées sur son disque dur avant le départ.

On se sent privilégié de découvrir « l’envers du décor » et j’ai refermé ce livre avec un respect encore plus grand pour ces hommes. J’espère qu’il en sera de même pour vous !


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