L’intérêt de l’enfant, Ian McEwan : une juge face à un mineur prêt à mourir


L’intérêt de l’enfant – Résumé

Fiona, la soixantaine, est juge aux Affaires Familiales. Chaque jour, elle se plonge dans des scènes de la vie des autres : divorces, conflits quant à la garde des enfants ou à l’éducation qu’il faut leur donner, elle essaie avec bienveillance de prendre des décisions justes… dans l’intérêt de l’enfant.

Un jour, arrive sur son bureau une nouvelle affaire : un hôpital saisit la justice car un adolescent mineur refuse une transfusion sanguine susceptible de lui sauver la vie, au nom de sa religion : les Témoins de Jéhovah.

Est-il influencé par les croyances parentales ? A quelques mois de ses 18 ans, peut-on au contraire lui accorder la liberté de refuser des soins ? Fiona va devoir décider…


Auteur.
Taille du livre240 pages.
Note – ★★★☆☆

L'intérêt de l'enfant, Ian McEwan

L’intérêt de l’enfant – Critique

Le livre de Ian McEwan est une histoire pleine de sensibilité sur un sujet propice au débat… mais qui me laisse malgré tout un avis mitigé.

Le thème lui-même est complexe : un adolescent proche de l’âge de la majorité, Adam Henry, souffre d’une leucémie. Le seul traitement susceptible d’agir sur la maladie entraîne un tel affaiblissement qu’il faut compenser son administration par une transfusion sanguine pour que le patient résiste. Problème : Adam est Témoin de Jéhovah, une religion où l’on refuse toute transfusion.

L’hôpital estime devoir agir pour lui sauver la vie, contre son avis et celui de ses parents, car il est mineur… et saisit donc la justice. C’est Fiona, juge de renom aux Affaires Familiales, qui va devoir se plonger dans le dossier. Doit-on tenir compte de l’avis du patient dès lors qu’il est si proche de l’âge où il aura le droit de décider par lui-même ? Doit-on au contraire estimer qu’il subit les croyances de ses parents ?

« L’idée l’effleura que ce jeune garçon intellectuellement précoce s’ennuyait, tout simplement par manque de stimulations, et qu’en menaçant sa propre vie, il avait mis en branle un drame fascinant dans chaque scène duquel il jouait le premier rôle, et qui faisait défiler à son chevet des adultes aussi importants qu’importuns ».

En réalité, l’affaire n’est traitée que sur une infime partie du livre et l’histoire s’intéresse davantage à Fiona : âgée d’une soixantaine d’années, elle traverse elle-même une crise conjugale qui la rend vulnérable. Étrange situation d’une femme qui passe ses journées à intervenir dans les couples des autres et qui peine à trouver le temps de se confronter aux problèmes du sien.

On ressent dans l’écriture de Ian McEwan beaucoup de sensibilité et c’est probablement ce qui m’a entraînée sans ennui de la première à la dernière page. Fiona a un côté assez froid – absorbée par un travail éreintant sur le plan émotionnel, elle a peu de temps pour faire grand cas de ses émotions… ce qui ne veut pas dire qu’elle n’est pas, aussi, capable d’être profondément touchée par certaines situations.

Mais à chaque fois qu’elle cède à des impulsions, elle semble se faire violence pour noyer sa spontanéité.

L’histoire reste néanmoins très « en surface » : elle n’explore pas dans le détail les ressentis de personnages qui ne sont que peu évoqués : le mari de Fiona, ses collègues du tribunal, l’adolescent lui-même, les parents, le personnel médical… Le verdict est plié comme une affaire rapide où, en tant que lecteur, on ne participe pas vraiment au débat avec le sentiment de pouvoir se faire une opinion étayée par des faits.

Ce qui m’a déplu est surtout le côté parfois un peu « fleur bleue » de l’histoire, comme lorsque le mari déclare à sa femme : « Je suis devenu ton frère. C’est confortable, attendrissant, et je t’aime, mais avant de mourir, je veux vivre une grande aventure passionnée ».

Je crois que ce genre de ressenti peut tout à fait exister : le sentiment d’être devenu l’ami de son conjoint, l’envie de renouer avec la passion… mais la façon de l’exprimer paraît peut-être un peu trop directe, un peu trop évidente.

Je garde néanmoins un ressenti positif à la fin de la lecture, mais teinté d’une pointe de déception car ce petit livre vite lu (240 pages) aurait sans doute pu aller beaucoup plus loin !


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