La chair de sa chair, Claire Favan : comment donner du sens à l’insensé ?



La chair de sa chair – Résumé

Moira, trentenaire, a déjà subi plus d’épreuves que de raison malgré son jeune âge. Violence conjugale, suicide d’un conjoint, enfant atteint d’une maladie incurable, peu de revenus et l’obligation de cumuler des petits boulots pour subvenir aux besoins de ses 3 enfants.

Alors, lorsqu’un assassinat survient sous son propre toit, c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. A fortiori quand c’est votre enfant qui est à l’origine du drame…


Auteur.
Taille du livre368 pages.
Note – ★★☆☆☆

La chair de sa chair, Claire Favan

Avis sur le roman « La chair de sa chair » de Claire Favan

J’ai découvert Claire Favan dès son premier livre, qui m’avait été chaudement recommandé par mon libraire ayant le sentiment d’avoir déniché une nouvelle plume digne d’intérêt.

J’avais aimé son style dans Le Tueur Intime, tout en lui trouvant quelques faiblesses : un univers un peu trop « classique » (les USA, le FBI, le serial killer, la police pas douée et l’arrivée d’un enquêteur génial pour sortir tout le monde de l’ornière). Je m’étais dit que c’était un écueil assez « inévitable » pour beaucoup de nouveaux auteurs, de prendre appui sur un univers qui a déjà fait ses preuves pour servir de terreau fertile à moult scénarios.

Mais avec le temps, on attend autre chose : on attend qu’un auteur nous surprenne un peu, nous propose « son monde imaginaire » à chaque roman. En l’occurrence, ici, le décor a su évoluer : nous sommes toujours aux Etats-Unis mais dans une ville somme toute ordinaire où il est plus aisé pour le lecteur de projeter son propre imaginaire.

Cette ville, d’ailleurs, on ne la perçoit que par bribes car l’action est bien plus centrée sur les personnages que sur les lieux. Claire Favan dresse le portrait de Moira, ce genre de femme qui serait regardée de haut et qualifiée de « cas soc' » par bien des gens. Des modèles parentaux défaillants, une jeune femme qui s’est jetée dans les bras des hommes comme s’ils étaient sa bouée de sauvetage.

Résultat : des grossesses précoces, le sacrifice de soi-même et des histoires d’amour bancales. L’une, avec un homme qui l’a battue sans vergogne. L’autre, avec un chic type qui avait tout pour lui… jusqu’au jour où, sans aucun signe avant-coureur, il s’est ouvert les veines dans la baignoire.

Depuis, Moira doit gérer les finances de son foyer, subvenir comme elle peut aux besoins de ses 3 enfants – dont une fille atteinte de la mucoviscidose – en cumulant les emplois pour payer les factures médicales exorbitantes (oui, nous sommes aux Etats-Unis !). Sans oublier la pression des services sociaux qui la surveillent de près.

« Son regard mouillé flotte sur les mots. Ceux qui lui disent que les services sociaux ont été alertés par des voisins inquiets de ses négligences envers sa famille. Moira ressent un vif pincement au cœur en réalisant que des gens qu’elle côtoie tous les jours l’ont trahie, alors qu’ils savent ce qu’elle a traversé et à quel point elle se débat au quotidien.

[…] Elle a bien dû colmater les brèches de son existence monoparentale comme elle a pu, elle s’est organisée avec les moyens du bord pour faire garder ses gosses, n’en déplaise à ceux qui l’ont dénoncée. Qui d’ailleurs pourrait lui avoir planté un couteau dans le dos ? Elle cherche parmi ses voisins, les passe en revue un par un, avant de laisser tomber. Elle perd son temps ».

Mais ce n’est pas le combat de cette maman solo qui anime l’intrigue du roman La chair de sa chair. C’est plutôt un meurtre survenu au domicile de Moira et dont l’un de ses enfants est l’instigateur.

La chair de sa chair, Claire Favan
La chair de sa chair, Claire Favan

Comment vivre avec l’idée que son enfant a tué ? Et pourquoi l’a-t-il fait ? Tandis que Moira se débat entre culpabilité et horreur, le psychiatre qui suit son enfant tente de comprendre ce qui a provoqué le drame.

J’ai été séduite par l’idée car on touche ici à des « tabous ultimes » : l’enfant meurtrier, le parent prisonnier de sentiments complexes entre rejet et amour maternel, la nécessité de trancher entre responsabilité et folie pour rendre justice…

Claire Favan a du talent et c’est justement ce talent pour la psychologie qui me pousse à revenir à chaque fois vers ses romans. Mais encore une fois, je reste avec une frustration.

Elle est principalement liée au sentiment de « trop » concernant les personnages : la voisine curieuse est trop curieuse, les méthodes du psychiatre un peu trop intrusives, le passé de Moira trop « chargé »…

Je ne dis pas que ça n’arrive pas dans la vraie vie (les cours d’assises sont hélas pleines de gens avec des passés où tout était en trop, sauf l’affection et le soutien parental). Mais cela signifie aussi que ça exige plus de projection de la part du lecteur pour s’identifier à des personnages qui vivent des drames extrêmes.

D’une certaine manière, il est « inévitable » que des personnes confrontées à une situation aussi instable que celle de Moira vivent des drames. A défaut d’être normal, ça ne surprend pas. Et je trouve pour ma part que ça enlève quelque chose au récit, par rapport à une situation certes tendue mais moins « hors norme ».

Si le livre ne m’a pas emportée, il reste néanmoins intéressant et divertissant et je sais qu’il plaît beaucoup depuis sa sortie ! N’hésitez pas à partager votre ressenti dans les commentaires si vous l’avez lu.


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