La rafle, Rose Bosch : raconter l'indicible rafle du Vel d'Hiv

Le film La rafle de Rose Bosch : raconter l’indicible rafle du Vel d’Hiv



La rafle – Résumé

En France, à l’été 1942, deux familles juives vivant dans le quartier de la Butte Montmartre à Paris s’efforcent de continuer à mener leur existence malgré les restrictions qui leur sont infligées, comme le port de l’étoile jaune.

Jusqu’au jour où le gouvernement de Vichy reçoit du Troisième Reich l’instruction d’arrêter un grand nombre de Juifs français dans le cadre des politiques d’extermination mises en place à l’échelle européenne.

La plus grande arrestation de masse du pays s’organise… et les deux familles se retrouvent conduites au Vélodrome d’Hiver.


RéalisateurRose Bosch.
Durée du film minutes.
Note – ★★★☆☆

La rafle, Rose Bosch

La rafle – Critique

Le film La Rafle de Rose Bosch est le vibrant récit d’un épisode tragique de l’histoire qui a impliqué la collaboration à grande échelle du gouvernement français, de plusieurs milliers de policiers et gendarmes ainsi que de certaines institutions publiques : la rafle du Vel d’Hiv.

Quoique scénarisé et romancé pour l’écran, le film prend appui sur des faits et des personnages ayant réellement existé.

L’histoire débute en 1942, dans le quartier de la Butte Montmartre à Paris. La vie de quartier se poursuit malgré les restrictions liées à la guerre. Au début du mois de juin, on impose aux Juifs le port de l’étoile jaune, censée les identifier et les priver d’accès à certains lieux et rôles dans la société.

Parmi eux, nous faisons la connaissance de Joseph Weismann, 10 ans, qui vit avec son père Shmuel (Gad Elmaleh), sa mère Sura, ses sœurs Rachel et Charlotte. Joseph est un petit garçon comme les autres, jouant régulièrement avec son meilleur ami Simon Zygler et le petit frère de Simon, Noé (qui a hérité du sobriquet de « Nono »).

Tous ne partagent pas la même confiance en l’avenir : si Shmuel se montre optimiste et invite ses enfants à envisager l’avenir avec sérénité, Rachel se montre inquiète car les bruits qui courent au sujet du sort réservé aux Juifs ne sont guère rassurants. Ils vivent dans l’appréhension d’une arrestation par la Gestapo.

Ils ignorent que dans les hautes sphères du pouvoir, un accord est en train d’être négocié entre le Troisième Reich et le gouvernement français de Vichy. Les nazis exigent la déportation massive de Juifs d’Europe vers des camps de travail au cours d’une opération baptisée « Vent de printemps ».

Un quota de 110000 Juifs âgés de 16 à 50 ans est exigé, donnant lieu à d’âpres négociations. L’Etat français accepte de livrer aux nazis plusieurs dizaines de milliers de Juifs, notamment des Juifs étrangers installés en France.

Le gouvernement a décidé de restreindre la déportation aux hommes âgés de 16 à 60 ans et aux femmes de 16 à 55 ans, ainsi que leurs enfants. Il prévoit également des dérogations pour les femmes enceintes, les mères d’enfants en bas âge, ceux qui ont épousé des non-juifs, etc. Cependant, comme il leur paraît compliqué de « faire le tri » au moment même de l’arrestation, il est décidé que tout le monde sera arrêté sans distinction.

Les 16 et 17 juillet, la police vient donc arrêter à leur domicile tous les Juifs visés par la rafle. 8160 personnes se retrouvent parquées au Vélodrome d’Hiver pendant 5 jours.


Le film La rafle suit les familles Weismann et Zygler dans cet enfer où il fait une chaleur innommable, un bruit terrible et où on les prive d’eau et de nourriture. Il est presque impossible de s’enfuir, beaucoup de gens sont malades.

Au milieu de ce théâtre d’angoisse, quelques visages bienveillants émergent, à l’instar de celui d’Annette Monod, une assistance sociale protestante envoyée par la Croix-Rouge pour venir en aide aux prisonniers. Elle est, dans le film, présentée comme une infirmière et jouée par Mélanie Laurent.

Elle ne peut que constater l’ampleur gigantesque de sa tâche et son impuissance face à ces milliers de gens entassés dans des conditions déplorables. Avec l’aide du médecin juif David Scheinbaum (Jean Reno), elle tente comme elle peut de soulager les maux de ceux qui viennent la trouver.

Mais rapidement, le destin des prisonniers se précise : ils sont rassemblés au camp de Beaune-la-Rolande, puis hommes, femmes et enfants sont séparés tandis que débutent les déportations.

La rafle, Rose Bosch
La rafle, Rose Bosch

Le film La rafle de Rose Bosch capture cette histoire dramatique en s’efforçant d’en représenter différentes facettes : la complicité du gouvernement français avec les nazis, les visages bienveillants de ceux qui ont aidé des Juifs au péril de leur vie et la noirceur de ceux qui n’ont rien dit ou qui ont collaboré, l’histoire de ces rares personnes qui ont survécu à la rafle du Vel d’Hiv…

J’ai trouvé que le film restait assez « léger » par rapport à la réalité des faits : s’il montre le bruit assourdissant dans le Vélodrome d’Hiver, la soif des Juifs prisonniers, quelques violences policières ou encore les ravages des maladies, il reste souvent assez « gentillet » par rapport aux témoignages réels de cette période.

En tant que spectateur, on garde cette distance qui rappelle que « c’est un film » et non un documentaire ou une véritable reconstitution historique. C’est, à mes yeux, une bonne chose dans le sens où cela limite la charge émotionnelle de l’histoire… mais donne parfois l’impression que le film atténue l’horreur de la réalité.

Cela n’empêche pas La rafle d’être un film déchirant. Mélanie Laurent se montre convaincante dans son interprétation, nous transmettant avec justesse l’immense impuissance ressentie par Annette Monod face au sort des Juifs arrêtés.

Les enfants, entre bons mots, insouciance et courage, nous touchent d’autant plus que l’on connaît les tristes chiffres associés à la Rafle du Vel d’Hiv : sur les 4115 enfants arrêtés, aucun de ceux déportés à Auschwitz n’a survécu.

Moins de 100 personnes sont parvenues à fuir au cours de cette rafle ou à survivre à la déportation, adultes et enfants confondus. Malgré l’ampleur des arrestations, ça reste un épisode de l’histoire française souvent méconnu par les « jeunes générations ».

Il a fallu attendre juillet 1994 pour qu’un monument commémoratif soit inauguré, 1995 pour que Jacques Chirac reconnaisse pour la première fois la responsabilité de l’Etat français dans cette rafle et 2017 pour que l’on crée un « Jardin mémorial des enfants du Vél’ d’hiv' ».

Pour finir, j’aimerais partager avec vous quelques témoignages (réels) des gens dont l’histoire est racontée dans le film La rafle : vous pouvez par exemple regarder le témoignage d’Annette Monod, lire cette interview d’Anna Traube, ce témoignage de Joseph Weismann

Il y en a bien d’autres, un moyen de faire vivre cette mémoire au nom des 13152 personnes arrêtées.



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