Le Foyer des mères heureuses, Amulya Malladi : une histoire de GPA en Inde


Le Foyer des mères heureuses – Résumé

Ne parvenant pas à tomber enceinte, Priya, Californienne d’origine indienne, convainc son mari Madhu de recourir à la gestation pour autrui. Ils se tournent alors vers l’Inde, et la clinique du Dr Swati, qui leur paraît des plus sérieuses : là, les rassure-t-on, les femmes se lancent dans la GPA par altruisme.

Et c’est Asha qui est choisie pour porter leur enfant. Asha, déjà maman de 2 petits – Manoj et Mohini – avec son mari Pratap. Asha, qui compte sur l’argent pour offrir une éducation à son fils, enfant précoce de 5 ans.


Auteur.
Taille du livre368 pages.
Note – ★★★★☆

Le Foyer des mères heureuses, Amulya Malladi

Avis sur « Le Foyer des mères heureuses », une réflexion sur la GPA

Amulya Malladi signe un roman qui gagne à être connu : il plonge dans l’univers complexe de la gestation pour autrui et toutes les questions éthiques qu’elle soulève.

A deux extrémités du monde, deux couples. Ils ont l’Inde en commun mais leurs vies sont des opposés. D’un côté, Asha et Pratap vivent en Inde dans le dénuement. Ils sont locataires, ne mangent pas toujours à leur faim, certains produits comme les fruits sont pour eux un luxe. Ils ont donné naissance à deux enfants : la petite Mohini et son frère aîné, Manoj. A 5 ans, Manoj impressionne déjà par sa maîtrise du langage (aussi bien l’anglais que le télougou, langue de l’Inde du Sud) et des mathématiques.

Manoj, enfant précoce, s’ennuie à l’école mais que faire quand on est pauvre pour accompagner la soif de connaissances de son enfant ? Il lui faudrait un établissement qui le stimule davantage…

Dans leur quête de solutions, Asha et Pratap entendent parler de la GPA. On donne aux femmes 500 000 roupies pour louer leur ventre pendant 9 mois et y implanter les gamètes d’un autre couple. Porter la vie, donner la vie au sens premier du mot… en cédant le bébé dès sa naissance contre de l’argent.

Loin de l’Inde, en Californie, Priya et Madhu mènent une vie épanouie, si ce n’était l’absence d’enfant qui ronge la jeune femme. Impossible de tomber enceinte, ils ont tout essayé et l’enchaînement des fausses couches a même failli avoir raison de leur couple. La GPA apparaît alors comme la solution idéale.

Entre ces quatre personnes se tisse alors un lien puissant et impossible à la fois. Une histoire qui va, au fil des pages, soulever une foule de doutes et de questions. La GPA est-elle de l’exploitation de la pauvreté d’une femme ? L’argent ainsi gagné appartient-il seulement à la femme ou son mari a-t-il aussi un droit de regard dessus ? Peut-on ne pas s’attacher à l’enfant que l’on porte, se relever des sentiments complexes que la grossesse fait émerger ? Faut-il accepter de lever le voile sur l’identité de la mère porteuse, en cherchant à savoir qui elle est et pourquoi elle a fait cette démarche ? A-t-elle eu le choix ? Que faire quand l’entourage ne soutient pas la décision d’avoir recours à la GPA ? Quand la société condamne la pratique ?

Le Foyer des mères heureuses, Amulya Malladi

Au-delà de ces aspects qui concernent toute démarche de GPA, le roman d’Amulya Malladi soulève aussi des questions relationnelles et culturelles plus profondes : Priya et Madhu, le couple « receveur », sont tous deux d’origine indienne mais ont en partie perdu le lien avec cette culture. Choisir la GPA en Inde (plutôt qu’aux Etats-Unis où ils auraient pu le faire), c’est choisir sciemment un pays avec lequel ils ont un lien mais où la démarche sera moins onéreuse, une confrontation révélatrice entre leur mode de vie aisé et leurs racines.

Autour d’eux, certains ne se privent pas de lancer de petites piques, cautionnant ou reprochant ce choix, de manière parfois profondément maladroite : « tu ne connaîtras pas les affres de la grossesse et du corps qui se déforme », une chance selon certaines femmes mais qui, pour une femme stérile, peut être un véritable drame, la culpabilité de ne pas être « capable » de porter son enfant soi-même. C’est devoir gérer le fait que les familles prennent parti, accepter que la parentalité devienne une chose sur laquelle chacun peut donner son avis…

Le livre soulève aussi la question de l’exploitation humaine. Car au-delà des parents qui rémunèrent la mère porteuse, il y a des intermédiaires. Dans le récit d’Amulya Malladi, tout repose sur un médecin, le Dr Swati, qui a fondé la clinique de GPA : elle est adossée à un foyer d’hébergement, le « Foyer des Mères Heureuses », où toute mère porteuse vient habiter pendant les dernières semaines de sa grossesse, parfois plus tôt quand elles habitent loin et ne peuvent pas se déplacer facilement.

De l’extérieur, c’est un lieu qui offre un confort bien supérieur à ce que les femmes connaissent dans leur quotidien : une certaine hygiène, des cours de yoga, d’informatique et d’anglais, des sorties au cinéma. De l’intérieur, le vernis s’effrite et les murs s’écaillent. Les femmes ne sont pas libres d’aller et venir, on sait leur rappeler en permanence qu’elles portent en elles un trésor qui n’est pas le leur.

C’est un roman plein de sensibilité, où l’on découvre chaque personnage dans sa complexité : des couples qui s’aiment mais qui sont aussi mis à l’épreuve par ce qu’ils traversent, parfois fatigués, parfois inquiets, parfois déroutés par l’expérience ; des gens pétris d’incertitude parce que la nature n’est jamais totalement prévisible et que la maternité l’est encore moins.

Sur un sujet complexe, l’auteur parvient à livrer une intrigue sans jugement, qui laisse à chacun le droit d’en penser ce qu’il veut. Pour autant, elle ne fait pas l’impasse sur les émotions qui habitent chacun des personnages : le désir de maternité, l’attachement à ses enfants, l’amour conjugal mais aussi les différences…

Je me suis parfois un peu perdue dans la surabondance de personnages secondaires mais la découverte de ce roman n’en demeure pas moins un bon moment !


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