Le lilas ne refleurit qu'après un hiver rigoureux, Martha Hall Kelly - Critique

Le lilas ne refleurit qu’après un hiver rigoureux, Martha Hall Kelly



Le lilas ne refleurit qu’après un hiver rigoureux – Résumé

Elles sont trois femmes, à vivre des réalités très différentes, dans trois pays.

Herta est Allemande, elle est en dernière année de médecine et a été élevée dans l’idéologie nazie, convaincue d’être une fervente patriote.

Caroline vit aux Etats-Unis, elle a perdu son père quand elle était enfant et depuis, elle s’implique avec sa mère dans une foule d’actions caritatives. Elle est désormais responsable de l’aide aux familles pour le consulat de France.

Quant à Kasia, c’est une jeune fille polonaise qui, en dépit de son jeune âge, mène déjà de petites actions de résistance, à son échelle.

Trois femmes, trois destins très différents qui s’entremêlent quand éclate la Seconde Guerre Mondiale.


Auteur.
Taille du livre576 pages.
Note – ★★★★☆

Le lilas ne refleurit qu'après un hiver rigoureux, Martha Hall Kelly

Le lilas ne refleurit qu’après un hiver rigoureux – Avis sur le livre

Le roman de Martha Hall Kelly, Le lilas ne refleurit qu’après un hiver rigoureux est inspiré de personnes et de faits réels, qui lui donnent une profondeur insoupçonnée.

L’auteur, passionnée par les lilas, tombe un jour sur un article de magazine évoquant la maison de Caroline Ferriday, une demeure du Connecticut qui abrite une impressionnante collection de lilas et de rosiers anciens. Elle décide de s’y rendre et découvre que Caroline a fait venir aux Etats-Unis par le passé des survivantes du camp de concentration de Ravensbrück.

Martha Hall Kelly éprouve alors une étrange attirance envers cette histoire, déterminée à comprendre les circonstances qui ont poussé une femme installée aux Etats-Unis à s’impliquer auprès d’anciennes déportées. De longues recherches donnent finalement naissance à ce roman, Le lilas ne refleurit qu’après un hiver rigoureux. Une fiction, qui prend appui sur des gens et des actes ayant réellement existé.

Un travail qui, surtout, fait la lumière sur des pans souvent peu évoqués de la Shoah. En choisissant de se concentrer sur 3 femmes qui ont sur la Seconde Guerre Mondiale trois perspectives bien différentes, Martha Hall Kelly a la liberté d’explorer trois visions.

Celle d’une femme nazie, d’abord, la jeune Herta, brillante étudiante en médecine. Le schéma typique d’une femme intelligente, qui semble a priori dotée d’une bonne dose de jugeote et de morale… et qui, pourtant, se laisse aisément séduire par les sirènes du nazisme.

Patriote, elle est particulièrement sensible à l’argument que tout ce qui est fait l’est « pour le bien de l’Allemagne ». Au fond, elle est très l’aise avec l’idée que l’on spolie les biens des Juifs ou que l’on commette ce qui est au départ « quelques exactions »… puisqu’on lui explique que c’est tout à fait justifié par la nécessité de créer une Allemagne forte.

Herta est aussi particulièrement vulnérable à ces discours : très seule, elle estime ne pas avoir vraiment d’amies et trouve volontiers sa place dans une organisation où l’on décide de tout pour elle, y compris les relations qu’elle entretiendra avec les autres.

Nous découvrons ensuite l’histoire de Caroline, qui évolue dans un milieu favorisé et s’implique énormément au service des autres. Elle témoigne d’une grande abnégation, en particulier quand elle prend conscience de la détresse et du dénuement dans lesquels la Seconde Guerre Mondiale plonge les habitants d’Europe.

Enfin, il y a Kasia, une jeune polonaise qui a assisté à la restriction progressive des libertés en Pologne à mesure que les tensions en Europe croissaient. Poussée à renier son identité polonaise, elle doit rapidement faire des choix d’adulte.

Le lilas ne refleurit qu'après un hiver rigoureux, Martha Hall Kelly
Le lilas ne refleurit qu’après un hiver rigoureux, Martha Hall Kelly

Le lilas ne refleurit qu’après un hiver rigoureux nous fait vivre l’entrée en guerre d’Hitler avec différents pays d’Europe, la mise en place progressive du système concentrationnaire dans une multitude d’aspects, souvent passés sous silence dans les romans.


Martha Hall Kelly aborde ainsi aussi bien les actes de résistance que les aspects les plus sordides du nazisme : la violence gratuite, en-dehors des camps, envers une population à la merci de l’ennemi, la spoliation des biens, les inégalités entre ceux qui vivent grassement d’avoir volé les autres et ceux qui sont dépouillés de tout.

Elle nous parle des expériences médicales diaboliques menées sur les déportées – à en avoir la nausée – mais aussi de la faim, la saleté, la déshumanisation, la peur dans le camp de Ravensbrück. Il est également question d’honneur, l’honneur de ces femmes qui parfois savent qu’elles vont mourir mais veulent partir la tête haute.

Il y a ces gens qui disparaissent et dont on doit vivre avec l’absence, sans même savoir ce qu’ils ont vécu. Ces lueurs d’espoir et de solidarité, parfois.

Martha Hall Kelly raconte aussi comment l’on fait accepter à des Allemands somme toute ordinaires de commettre des actes d’une barbarie extraordinaire, comment les pays étrangers ont fermé leurs frontières aux Juifs qui tentaient de fuir l’Europe à mesure que la privation de liberté se faisait plus marquée.

C’est un aspect parfois méconnu – et en tout cas moins évoqué que d’autres, que j’ai moi-même pu explorer davantage en allant au mémorial de Yad Vashem en Israël mais que je trouve assez peu médiatisé.

Autre aspect que j’ai trouvé intéressant dans ce livre : Martha Hall Kelly ne se limite pas à parler de la guerre elle-même. Plus d’un tiers du livre est consacré à l’après-guerre et ses réalités, là encore souvent méconnues.

Le fait, par exemple, que les survivants des camps de concentration étaient regardés avec suspicion car on les soupçonnait d’avoir commis des actes répréhensibles pour s’en sortir, là où tant d’autres avaient été exterminés. Ou encore le fait que certains nazis ont pu continuer à vivre en Allemagne, en toute impunité, comme s’il ne s’était rien passé… jusqu’à ce que certains se battent pour que cette aberration cesse.

C’est un livre dense et intéressant si vous souhaitez explorer la littérature sur la Shoah. N’hésitez pas à parcourir aussi les livres sur la Shoah que j’ai déjà évoqués sur le blog.



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