Le magasin des suicides, le roman mortel de Jean Teulé


Le magasin des suicides – Résumé

Imaginez une boutique où l’on vous vend les produits les plus indispensables, les potions les plus efficaces, les accessoires les plus créatifs… pour réussir votre mort.

Depuis 10 générations, la famille Tuvache tient avec brio (et dépression) le « Magasin des Suicides », un lieu où l’on vient en aide à tous ceux qui souhaitent en finir avec la vie en choisissant « l’art et la manière ».

Mais leur dernier-né, Alan, semble faire preuve d’un optimisme et d’une joie de vivre déroutants… qui pourraient bien finir par bouleverser l’équilibre familial.


Auteur.
Taille du livre160 pages.
Note – ★★★★☆

Le magasin des suicides, Jean Teulé

Une boutique offerte à tous ceux qui veulent mourir

Le roman de Jean Teulé est de ceux que l’on n’oublie pas de sitôt, tant l’intrigue détonne par son originalité et son ton délicieusement grinçant.

Le concept du magasin des suicides est simple et plutôt inhabituel en matière de fidélité : le client satisfait est celui qui ne revient pas ! Et pour cause, il est mort et bien mort ! Car dans cette boutique, on vous vend tout le nécessaire pour mettre fin à vos jours. Que vous soyez dépressif, malade, fatigué de l’existence pour mille raisons, on vous procure de quoi préparer la « grande sortie » avec panache.

Des poisons à inhaler ou à avaler, les bonnes vieilles méthodes traditionnelles (la corde, le sac plastique pour s’étouffer), les méthodes originales (pomme empoisonné, sabre affûté…), il y en a pour tous les goûts et avec une même garantie d’efficacité !

On devine, derrière le décor imagé créé par l’auteur, que l’histoire se déroule dans le futur, un futur où la planète n’a pas été épargnée par les phénomènes climatiques violents et les dérèglements en tout genre, contribuant à l’atmosphère sinistre qui règne, et pousse bien des malheureux au désespoir. Il n’y a plus d’ozone, de gigantesques déserts grignotent la planète et des pluies acides inondent les rues.

La famille Tuvache, qui fait perdurer le magasin des suicides depuis plusieurs générations, s’accorde bien avec l’esprit des lieux : elle prend un plaisir malicieux à cultiver la morosité ambiante. Être à l’écoute des mauvaises nouvelles, se priver de toutes les réjouissances qu’elle peut s’épargner, penser avec délice au jour où la mort viendra, s’interdire le rire…

Lucrèce et Mishima Tuvache ont d’ailleurs élevé leurs enfants afin qu’ils entretiennent soigneusement cet esprit morose. Ils ont reçu, comme premier héritage, un prénom de suicidé célèbre, de quoi démarrer dignement dans la vie.

Tout s’est passé admirablement bien pour les deux aînés, Marilyn et Vincent. Ils sont dépressifs à souhait, dignes de faire honneur à l’héritage Tuvache. Oui mais voilà, il y a eu un petit troisième, Alan. Un accident, tout ça parce que les parents ont voulu tester la dernière trouvaille de leur fournisseur M’en fous la mort. Un préservatif percé, permettant aux candidats au suicide d’attraper une MST.

Ah, percé, il l’était… et Lucrèce est tombée enceinte d’Alan. Il se trouve qu’Alan n’est pas comme les autres enfants. Il sourit, il affiche un optimisme déroutant, chantonne à tout bout de champ et s’exprime avec un savoureux zozotement qui le rend encore plus attachant. Et, sans vous dévoiler l’intrigue, voilà qui va créer de sérieuses perturbations dans le quotidien… mortel des Tuvache !

La thématique paraît au premier abord diablement lourde à porter : le suicide, la mort, l’idée d’en faire commerce (et la part d’indécence que cela comporte), le caractère pessimiste et négatif des Tuvache, autant de choses qui pourraient vite transmettre au lecteur un sentiment désagréable. C’est exactement l’inverse qui se produit !

On éprouve une certaine curiosité macabre pour le concept du magasin : toutes ces façons de mourir, tout de même ! Et toutes ces motivations qui poussent les clients à franchir la porte ! On éprouve de la compassion pour les enfants, contraints de grandir dans cet environnement peu épanouissant. On sourit devant l’insolent bonheur d’Alan et la gêne que cela induit chez ses parents. On les trouve tout de même attachants, eux, ce petit couple soudé autour de sa boutique qu’ils aiment avec passion.

Et on s’amuse, beaucoup… au point que les 160 pages défilent à toute allure. Je l’avoue, je n’ai pas aimé la fin. Trop sirupeuse à mon goût après un roman si relevé, si original. Eh oui, on prend vite goût à fuir la banalité, au point de s’attendre à une conclusion en apothéose. Alors je retire une petite étoile à ma note… tout en saluant le style de ce récit fort inhabituel !


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