Maestro, Peter Goldsworthy : les rêves de succès d’un jeune pianiste brillant


Maestro – Résumé

1967. Paul, 15 ans, emménage avec ses parents à Darwin, au Nord de l’Australie. Une ville rongée par l’alcoolisme, la violence conjugale et la petite délinquance, qui baigne dans une moiteur étouffante. Pour l’adolescent, ce changement de vie se révèle difficile mais il dispose d’une échappatoire : le piano.

Son père lui a transmis sa passion pour l’instrument et a vite réalisé que l’élève était en train de dépasser le maître. Soucieux de donner à Paul l’opportunité de développer ses talents, il l’inscrit à des cours auprès d’un très vieux professeur, Herr Keller, que tout le monde surnomme « Le Maestro ».

L’homme est bien mystérieux : il s’exprime avec un fort accent viennois, il lui manque des phalanges à l’auriculaire, son visage rougeaud et ses doigts boudinés semblent en désaccord avec l’image que l’on se fait d’un grand pianiste. Paul le prend rapidement en grippe, allant jusqu’à le surnommer « Adolf Keller », persuadé qu’il s’agit d’un criminel de guerre réfugié en Australie après la Seconde Guerre Mondiale.

Quels secrets cache le vieil homme ? Ses leçons au cours desquels il se montre impitoyable visent-elles seulement à enseigner à Paul le piano ? L’adolescent, malgré son animosité envers Keller, son désir de rébellion et les distractions de son âge, parviendra-t-il à écouter les conseils du Maestro ? Et surtout, à percer le mystère du réfugié viennois ?


Auteur.
Taille du livre192 pages.
Note – ★★★★★
Maestro, Peter Goldsworthy

Maestro – Critique

Malheureusement, je n’ai trouvé aucune traduction française de Maestro. Je publie malgré tout cet article pour ceux d’entre vous qui ont la chance de pouvoir lire en anglais, car c’est vraiment un livre que j’ai adoré.

Les personnages, pour commencer, possèdent une véritable richesse qui les rend mémorables.

Paul Crabbe n’est pas seulement un pianiste au talent époustouflant : c’est aussi un adolescent qui vit ses premiers émois, recherche l’intégration sociale, brûle d’ambition avec la fougue et le manque de patience qui siéent à son jeune âge.

Porteur des rêves d’un père qui n’a eu ni le talent ni l’opportunité de devenir pianiste professionnel, il s’imagine déjà sous les projecteurs tout en étant prisonnier d’une ville sans avenir. Il doute souvent et jamais à la fois, arrogant et invulnérable, attachant et brillant.

Et que dire de Keller, qui inspire par son mystère une curiosité sans fin tout en suscitant parfois l’antipathie, l’agacement ou la tendresse ? Un personnage à la fois exceptionnel par son charisme, ses leçons qui touchent au moins autant à la philosophie qu’au piano, mais aussi tristement banal dans sa petite salle de cours étriquée, dans une ville où personne ne l’adule.

Keller affiche tour à tour une dureté qui parlera à tous les lecteurs ayant connu la rigueur d’un cursus musical au Conservatoire et un humour sarcastique qui n’est pas sans agacer son jeune élève.

A Paul qui n’aspire qu’au succès et redouble d’efforts, il ironise en disant « Le travail rend libre », référence à la terrible maxime nazie « Arbeit macht frei » apposée à l’entrée des camps de concentration. Lorsque l’adolescent relâche son attention, il lui répond avec finesse :
« As-tu terminé le Rondo ?
– A moitié terminé.
– Ce n’est pas possible.
– Pardon ?
– L’eau chauffée à 50°C bout-elle à moitié ? »

Le livre, écrit à la première personne à travers le regard de Paul, regorge de ces échanges.

L’intrigue, elle aussi, se révèle protéiforme : ce n’est pas seulement l’histoire d’un jeune talent aspirant à la réussite. Ce n’est pas seulement une enquête haletante visant à mettre à nu les secrets du Maestro. Ce n’est pas seulement une réflexion philosophique sur le sens du succès et les sacrifices qu’il faut accomplir pour rester au sommet.

C’est tout cela à la fois, avec une qualité d’écriture et une acuité hors du commun, qui se manifestent dans les moindres détails. Ainsi, le « maestro » ne devient-il le « Maestro » qu’à la toute fin du livre (« Le mot, pour la première fois, sonnant majuscule dans ma bouche, respectueux », déclare Paul).

Je n’en ajoute pas plus à cette critique si ce n’est une vive incitation à découvrir ce chef d’oeuvre de Peter Goldsworthy (si d’aventure un éditeur passe par là, je me ferais une joie de réaliser la traduction en français de ce livre).

Une adaptation à l’écran est en préparation par la réalisatrice Catherine Jarvis, avec le jeune acteur britannique Frank Dillane dans le rôle de Paul. L’occasion, je l’espère, de faire connaître ce livre à un public encore plus large.


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2 commentaires sur “Maestro, Peter Goldsworthy : les rêves de succès d’un jeune pianiste brillant

  • Victoria's Tea Time

    Ce livre a l’air vraiment bien ! Merci pour cet article, avec la fin de mes partiels dans une semaine je vais pouvoir me lancer dans des lectures d’été.
    Je pense qu’avec la sortie d’un film ce livre a de grandes chances d’être traduit en français… Enfin je suis bien contente de pouvoir lire en anglais, et j’essaie toujours de lire les versions originales de livres que je découvre en librairie.
    Bonne soirée.

    Répondre à Victoria's
    • Allée des Curiosités

      La réalisatrice est une indépendante et je crois que c’est son premier long-métrage donc reste à voir s’il sortira en France ou pas :) Comme toi, je suis très contente de pouvoir lire en anglais, même avec les meilleurs traducteurs on perd toujours un peu de la finesse de la V.O. au moment de la traduction.

      Répondre à Allée
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