Mephisto, István Szabó : jusqu’où peut aller l’ambition d’un acteur ?


Mephisto – Résumé

Dans l’Allemagne des années 30, Hendrik Hoefgen, acteur ambitieux, ne se soucie que très peu des problèmes politiques de son pays et ne vit que pour sa carrière artistique.

Lorsque les nazis prennent le pouvoir, il saisit l’opportunité de jouer des pièces pour la propagande du parti et devient très rapidement le comédien le plus populaire d’Allemagne.

Dévoré par sa gloire et par le doute, il doit maintenant survivre dans un monde où la haine et la peur sont devenus les véritables acteurs d’une scène où se joue le destin de l’humanité.


RéalisateurIstvàn Szabó.
Durée du film minutes.
Note – ★★★★☆
Mephisto, István Szabó

Mephisto – Critique

Mephisto est un film tout simplement extraordinaire et aussi méconnu qu’il est extraordinaire ! Il a pourtant remporté l’Oscar du meilleur film étranger en 1982 mais on le trouve difficilement dans le commerce. Il n’existe qu’en version sous-titrée… et tant mieux, car le fait qu’il soit en allemand lui donne une saveur toute particulière compte tenu du thème.

L’histoire se déroule en effet dans l’Allemagne nazie mais vous n’y verrez ni camp de concentration ni acte de bravoure d’un anonyme pour sauver des Juifs du régime. Il a pour héros un homme qui n’a rien d’héroïque et que vous n’aimerez sans doute pas.

Mais alors, pourquoi regarder ce film ?

Klaus Maria Brandauer dans Mephisto d'István Szabó
Klaus Maria Brandauer dans Mephisto d'István Szabó

Mephisto est l’histoire d’un personnage aussi captivant que détestable : Hendrik Hoefgen (Klaus Maria Brandauer). Cet acteur brillant et pétri d’ambition végète dans des théâtres de province en Allemagne, loin des grandes scènes qu’il est convaincu de mériter.

Arrogant, méprisant, Hoefgen n’aspire qu’à laisser derrière lui ces petits rôles qui, croit-il, ne sont pas à la hauteur de son talent. Il a même changé son nom, Heinz, pour « Hoefgen », qu’il juge plus prestigieux. Il a quitté sa première femme, fille d’un homme de pouvoir, quand ce dernier a perdu de son influence.

Hoefgen a soif de gloire mais avant tout, il a soif de reconnaissance et d’amour. Il souffre d’un manque de confiance en lui profondément ancré dans sa personnalité et tente de l’étouffer sous une attitude faussement assurée.

Hendrik Hoefgen ne partage en rien les vues du parti nazi mais l’arrivée au pouvoir de ce dernier lui offre une opportunité de carrière qui le place face à un choix cornélien : doit-il renoncer à ses propres désirs de succès au nom de ses idées politiques ? Ou doit-il considérer le théâtre comme indépendant de la politique, extérieur à lui-même, et accepter un rôle même s’il va à l’encontre de ses principes ?

Le choix est vite fait. Bien qu’étant, à l’origine, plutôt communiste, Hoefgen se laisse entraîner dans une spirale où, obéissant et docile, il joue le rôle que les Nazis attendent de lui.

Pourquoi ? Probablement parce qu’au fond, Hoefgen n’a aucune personnalité : il va dans le sens du vent… se laissant guider strictement par ses envies de succès, guidé par le désir presque obsessionnel d’être au sommet plus que par son sens moral. Mais l’acteur est-il réellement indépendant des bouleversements politiques qui s’opèrent dans son pays, surtout quand ils sont aussi graves ?

Le film tente de répondre à cette question en effectuant un parallèle entre l’histoire de Hoefgen et le mythe de Faust. Faust était un savant, qui dans sa prétention croyait ne plus rien avoir à apprendre. Le diable (Mephisto) lui proposa alors un pacte : la connaissance suprême en échange de son âme. Faust accepta mais se rendit compte, en rencontrant l’amour, qu’il avait peut-être eu tort… Ici, Hendrik Hoefgen est Faust à la ville et Mephisto à la scène, un paradoxe qui reflète le doute qui gagne peu à peu l’acteur.

Klaus Maria Brandauer dans Mephisto d'István Szabó
Klaus Maria Brandauer dans Mephisto d'István Szabó

L’univers du film (tiré d’un roman satirique de Klaus Mann) est captivant : l’ambiance des petits et des grands théâtres, les grands rassemblements nazis où l’on s’amuse, où l’on danse et où l’on rit (pendant que le spectateur du film, lui, pense à la Grande Histoire et aux horreurs perpétrées à cette époque), la vie sociale animée du Berlin des années 30…

Les partis pris de réalisation sont forts (la scène de fin est absolument sublime), comme lorsque le général nazi qui a pris Hoefgen sous son aile nous est montré dans un bureau dépouillé de tout mais qui suinte le pouvoir.

Le début est un peu laborieux (l’acteur paraît trop hystérique, trop tyrannique, trop superficiel) mais une fois que les Nazis accèdent au pouvoir et que commence l’équilibre précaire entre éthique et ambition, Mephisto devient fascinant.

On ressent tout le poids de la docilité imposée par le régime nazi (ceux qui ne s’y soumettent pas disparaissant du jour au lendemain). On ressent cette atmosphère ambiguë où l’on s’amuse tout en étant prisonnier d’un carcan idéologique. L’interprétation de Klaus Maria Brandauer est exceptionnelle, entre le personnage traqué et sans éclat qu’est Hoefgen dans la vie et le Mephisto maléfique et époustouflant qu’il est au théâtre.

Mais surtout, c’est une réflexion très originale sur la place même de la culture dans une société.

« Je ne suis qu’un acteur », ne cesse de répéter Hendrik Hoefgen. Mais peut-on n’être « qu’un acteur » quand un régime politique est en train de procéder à l’extermination d’une partie de la population ?


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2 commentaires sur “Mephisto, István Szabó : jusqu’où peut aller l’ambition d’un acteur ?

  • Lolita

    J’ai bien aimé ce film, ça m’étonne que tu le connaisses (en bien), tu l’as découvert comment?

    Répondre à Lolita
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