Nous rêvions juste de liberté, Henri Loevenbruck : un road trip débordant de sens


Nous rêvions juste de liberté – Résumé

Hugo est à peine sorti de l’adolescence quand il décide de prendre la route avec quelques copains, sur des motos qu’ils ont eux-mêmes assemblées.

Peut-être est-ce une fuite, un moyen de mettre de la distance entre eux et la ville de Providence où ils ont connu une jeunesse cassée, entre pauvreté et tensions familiales. Peut-être est-ce la perspective d’une autre vie… ou d’une vie, tout simplement. Un peu de rêve et de liberté pour des gamins que la société a toujours cherché à faire entrer dans un cadre sans y parvenir.

Le début d’un road trip aux États-Unis, la passion de la moto chevillée au corps, qui les confronte aussi bien à la recherche de leur identité qu’à celle de leurs limites et d’un besoin profond d’appartenance et d’humanité…


Auteur.
Taille du livre384 pages.
Note – ★★★★☆
Nous rêvions juste de liberté, Henri Loevenbruck

Nous rêvions juste de liberté – Avis sur le livre

L’écriture d’Henri Loevenbruck captive dès les premières phrases. On pressent déjà un roman profond mais non dénué de péripéties… et je ne résiste pas à l’envie de partager avec vous un extrait des premières lignes du roman Nous rêvions juste de liberté.

« Nous avions à peine 20 ans et nous rêvions juste de liberté ».

Voilà, au mot près, la seule phrase que j’ai été foutu de prononcer devant le juge, quand ça a été mon tour de parler. Je m’en faisais une belle image, moi, de la liberté. Un truc sacré, presque, un truc dont on fait des statues. J’ai pensé que ça lui parlerait.

Plus le temps passe, plus j’ai l’impression de voir nos libertés s’abîmer, comme un buisson auquel on fait rien que de couper les branches, « pour son bien ». J’ai le sentiment que, chaque jour, une nouvelle loi sort du chapeau d’un magicien drôlement sadique pour réglementer encore un peu plus nos toutes petites vies et mettre des sens interdits partout sur mon chemin.

Quand je pense aux histoires que me racontait Papy Galo sur son enfance, des belles histoires de gosses aux genoux écorchés rouges, je me dis que ça pourrait plus arriver aujourd’hui, parce qu’il est devenu interdit de faire ceci, interdit de faire ça, interdit d’aller ici, interdit d’aller là. Le passé, c’est comme un paradis perdu où tout était permis, tout était possible, et puis maintenant, plus rien ».

Tout commence dans la ville de Providence, aux États-Unis. Hugo est adolescent et sa jeunesse n’est déjà qu’un vaste champ de ruines sur lequel il essaie de tenir, aussi bancal qu’un immeuble sans fondations solides. Il a connu les coups, l’indifférence de ses parents, la mort de sa petite sœur fauchée par une moto, la faim.

C’est Hugo qui raconte toute l’histoire et Hugo, il écrit comme il parle, comme il vous confierait sa vie s’il s’attablait avec vous dans un café de motards, quelque part dans une petite ville quelconque sur une route américaine quelconque. Mais en réalité, il n’oserait sans doute pas vous dire tout ça en face.

Ses mots ont la brutalité d’une âme qui en a déjà beaucoup trop vu pour son âge et l’intelligence aiguë d’un être jeune à qui la vie a déjà enseigné trop de leçons. « Le curé avait laissé le cercueil grand ouvert », raconte-t-il ainsi en évoquant l’enterrement de sa petite sœur, « pour bien qu’on voie comment c’est moche, une petite fille qu’est morte ».

Quelque part, Hugo a sans doute manqué du sentiment fondamental d’appartenir à un groupe, d’être aimé pour ce qu’il est, avec ses imperfections et ses déséquilibres. Alors le jour où il rencontre Freddy, Oscar et Alex, trois « mauvais garçons » un peu comme lui, il éprouve une sorte de coup de foudre, comme si subitement sa vie avait du sens.

Freddy est un leader né, aussi charismatique qu’impressionnant. Oscar, un excentrique un peu barré que tout le monde appelle « Le Chinois » bien qu’il soit d’origine vietnamienne. Alex, un hypocondriaque fragile et sensible, un « petit Jésus hippie ». Hugo, lui, reçoit rapidement le surnom de « Bohèm » car il dort dans une roulotte sur le terrain de la maison de ses parents. Un quatuor uni face à une chienne de vie.

Peu à peu, au fil de leurs bêtises et de leurs mauvais coups, les liens au sein de leur bande se renforcent jusqu’au jour où ils décident de quitter Providence, à la recherche d’une forme de liberté qu’ils pensent trouver sur les routes, en menant une vie nomade et en rejoignant la grande famille des motards.

Nous rêvions juste de liberté, Henri Loevenbruck
Nous rêvions juste de liberté, Henri Loevenbruck

Henri Loevenbruck nous plonge avec brio et spontanéité dans les dynamiques d’une bande au sein de laquelle les rapports de force et de confiance s’établissent peu à peu.

Les garçons se souviennent vite que la réalité réserve toujours des surprises, des bonnes comme des mauvaises… et que même sur la route, ce principe reste particulièrement d’actualité. Ils apprennent ainsi que chez les motards, à cette époque, il existe en réalité des territoires et des clans régis par des règles très codifiées.

C’est une vie à la dure, où chaque coin de rue vous expose à la drogue, aux bastons, aux mauvais coups qui peuvent très mal tourner…

Si j’ai parfois trouvé quelques longueurs au récit de ce road trip à moto, Nous rêvions juste de liberté est un roman étonnant car son écriture, très spontanée et très orale, traduit pourtant une grande virtuosité et une capacité d’analyse brillante. On ne peut s’empêcher de noter des citations à la volée. Par exemple celle-ci :

« Dans la vie, je crois qu’il vaut mieux montrer ses vrais défauts que ses fausses qualités. Vaut mieux surprendre que décevoir ».

Le héros est souvent impertinent, comme lorsqu’il déclare au sujet du lycée catholique où il était élève :

« Quand j’y repense, ce lycée bon chrétien, c’était une sacrée fabrique à pervers en puissance. Leur Règlement et leurs leçons de morale, mine de rien, c’était plutôt contre-productif, une vraie usine à frustrations, et y’a rien de pire que de frustrer un type pour le rendre un peu marteau. […]

Il y a même eu une fois où le directeur nous a fait tout un discours sur la masturbation qui était un acte contre-nature, tout juste acceptable chez les babouins, et il a ajouté que jouer au flipper, chez les garçons, et mâcher du chewing-gum, chez les filles, c’était le signe d’une déviance sexuelle et que c’était pour ça que c’était interdit. Vrai de vrai. Et moi, j’ai pas fait d’études en psychanalyse, mais je dirais quand même que c’est pas le genre de propos qui facilite le développement personnel des bons petits croyants ».

Le roman est dur, parfois très dur, avec des scènes très violentes dans les images qu’elles évoquent et les ressentis qu’elles provoquent. Mais derrière cette violence, Bohèm est encore un gamin… Un gamin qui n’écoute les adultes que d’une oreille distraite, désireux de vivre ses propres expériences.

« Au fond de moi, Lobo, il commençait à me taper sur les nerfs. Il était comme ces gens qui sont sûrs de tout savoir mieux que vous, sûrs que vous allez vivre la même chose qu’eux, comme si votre vie ne pouvait pas être différente de la leur.

Mais nous, ma parole, nous on était différents, pas pareils. Nous, ce qu’on vivait, personne d’autre l’avait jamais vécu, et je me retenais de lui dire que c’était pas parce qu’il avait fait des erreurs que j’allais faire les mêmes aussi ».

Alors plongez dans ce roman. Peut-être que sa brutalité vous mettra mal à l’aise… mais peut-être aussi que vous y lirez comme moi une réflexion très profonde sur la liberté, les dynamiques de groupe, les figures « parentales » et mille autres sentiments qui vous laissent, en tournant la dernière page, le sentiment d’avoir parcouru un livre bourré de sens.


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