Noyade, J.P. Smith : quand la disparition d’un enfant revient vous hanter



Noyade – Résumé

Alex était moniteur de natation dans un camp de vacances quand le drame est arrivé : Joey Proctor, un petit garçon du camp, s’est volatilisé après une activité sur le lac. Malgré les battues et l’intervention des plongeurs, on ne l’a jamais retrouvé, ni mort, ni vif.

Depuis, Alex a fait carrière dans l’immobilier et a laissé derrière lui cette tragédie… jusqu’au jour où d’inquiétants signaux, dans son quotidien, lui rappellent le drame. Ils laissent entendre que Joey Proctor pourrait être en vie… ou que quelqu’un connaît le secret qu’Alex cache depuis sa disparition. Un secret qu’il pensait être le seul à savoir…


Auteur.
Taille du livre384 pages.
Note – ★★★☆☆

Noyade, J.P. Smith

Noyade – Avis sur le livre

Le roman Noyade de J.P. Smith mêle beaucoup de choses : une tragédie, une enquête policière, des histoires de harcèlement, de compétition professionnelle malsaine, une part d’imaginaire…

Le point de départ de l’histoire est un drame : la disparition d’un enfant lors d’un camp de vacances. Le couple Proctor, en plein naufrage, voyant les dettes s’accumuler, y a déposé son fils Joey, un enfant chétif et effacé pour son âge. Se disant probablement qu’il serait mieux avec des garçons de son âge, à faire des activités, qu’à se morfondre dans sa chambre en écoutant leurs disputes.

Un soir, au coin du feu, les moniteurs du camp racontent aux enfants une légende qui court au sujet du camp : elle affirme que tous les sept ans, un vagabond du coin, John Otis, enlève un enfant du camp et l’emporte… Lorsque, le lendemain, Joey se volatilise dans la nature, cela déclenche donc naturellement une grande vague d’inquiétude et d’émotion, tant auprès des petits qu’auprès des encadrants.

Parmi eux, quelqu’un sait – en partie – ce qui s’est passé. Alex Mason. Moniteur de natation dans le camp, ce jeune homme sûr de lui se trouvait avec Joey peu avant sa disparition pour une activité au bord du lac. Chaque garçon devait nager jusqu’au radeau situé au milieu du lac, puis revenir sur la rive.

Joey ne savait pas nager, il avait eu peur… et, un peu brutalement et maladroitement, Alex l’avait conduit jusqu’au radeau, l’avait assis dessus et abandonné là, en lui disant de se débrouiller pour rentrer. C’est comme ça, pensait-il, que l’on apprend à nager. Et il l’avait oublié… jusqu’à ce que l’on signale sa disparition. Quand Alex est retourné sur la rive, Joey n’était plus sur le radeau.

On ne l’a jamais retrouvé, ni vivant, ni mort. S’est-il noyé sur le chemin du retour ? A-t-il été secouru par quelqu’un ? Enlevé ? A-t-il réussi à nager jusqu’à la rive avant de se perdre dans l’épaisse forêt environnante ?

Alex a repris le cours de sa vie, seul à porter la responsabilité de la disparition de Joey et à savoir ce qui s’est passé ce jour-là sur le lac. Du moins, c’est ce qu’il croit… jusqu’au jour où quelqu’un se met à lui envoyer des signaux terrifiants, qui lui rappellent le radeau, Joey Proctor et cet été fatidique. Quelqu’un sait ce qu’il a fait… ou plutôt, ce qu’il n’a pas fait.

Est-ce Joey lui-même, qui aurait survécu et voudrait lui faire payer sa négligence ? Est-ce un témoin de la scène dont il ignorait l’existence ? Quelqu’un de son entourage professionnel ?

Alex est devenu un promoteur immobilier en vogue, qui achète des bâtiments délabrés pour en faire des hôtels branchés. Il a beaucoup d’ennemis… et cela brouille quelque peu l’interprétation du harcèlement qu’il subit, notamment pour la police.

Comme vous pouvez le constater, un fossé se crée entre deux visions des mêmes événements : celle de la police, qui peut aisément imaginer de l’extérieur qu’Alex est victime d’un déséquilibré ou d’un concurrent jaloux ; celle d’Alex lui-même, qui sait ce qui s’est passé dans le camp de vacances et prend conscience que quelqu’un connaît la vérité.

« Le passé était passé, sauf que le passé ne passait jamais. Le passé restait étroitement lié à sa vie quotidienne. Le passé, se rendait-il compte, pourrait bien composer son avenir. A moins qu’il n’y mette un terme… »

Le personnage d’Alex lui-même n’a, à vrai dire, suscité chez moi aucune forme de compassion… et cela affecte quelque peu la perception du roman à l’arrivée ! Il ne semble pas culpabiliser outre mesure de sa négligence, tout au plus reconnaît-il avoir commis une erreur mais visiblement, elle ne l’a pas empêché de dormir pendant de nombreuses années, jusqu’à ce que la disparition de Joey vienne troubler son petit confort.

Il renvoie une image très superficielle, celle d’un homme qui a épousé une femme magnifique parce que c’est un excellent faire-valoir, les regards que les autres « mâles » posent sur elle le rassurent sur le fait qu’il est le « mâle dominant »… Il traite sa fille, qui a peur de l’eau, avec le même mépris qu’il a affiché face à Joey, comme s’il n’avait tiré aucune leçon de la tragédie. Il n’hésite pas à se mettre dans l’illégalité ou à l’envisager sans aucun état d’âme apparent.

En somme, ce n’est pas un héros que j’ai eu envie de plaindre quand le karma l’a rattrapé ;)

L’auteur a par ailleurs donné « trop de détails » à un point de l’histoire, qui m’ont permis de deviner la fin bien avant la fin, ce qui reste un peu frustrant !

Néanmoins, Noyade de J.P. Smith est un roman divertissant, qui se lit facilement (je l’avais emporté comme « lecture de vacances »). J’ai aimé le mélange entre réalité et imaginaire : l’idée que derrière des faits réels (ici, la disparition d’un enfant), on puisse remplir le vide laissé par toutes les questions sans réponse… Certains imaginent du fantastique (le « fantôme de Joey » qui reviendrait hanter Alex), d’autres s’appuient sur des légendes urbaines (comme la légende de John Otis, l’homme qui enlevait soi-disant des petits garçons de la région… mais dont on ignore s’il a un fondement réel ou s’il a été imaginé de toutes pièces), sans oublier ceux qui restent très rationnels.

« Tu crois à tout ça, toi ? demande un des petits de huit ans. Et le garçon qui marche à ses côtés, Joey Proctor, répond qu’il est possible que ce soit vrai. La nuit suivante, Joey aurait disparu et jamais plus on ne le reverrait. Un jour, bien des années plus tard, un moniteur pointerait le doigt sur le visage de Joey Proctor sur la photo de groupe et, parlant aux garçons de John Otis, dirait que Joey, un jour, se trouvait là et que, le lendemain, il ne s’y trouvait plus. Joey faisait désormais partie de la légende, et il y demeura jusqu’au matin où, vingt et un ans plus tard, tout porterait à croire qu’il était revenu à la vie ».

On termine le roman sans avoir toutes les réponses aux questions que l’on se pose, et c’est sans doute une invitation à imaginer sa propre version de l’histoire. Un choix qui ne laisse pas les lecteurs indifférents, en général !


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