On ne touche pas, Ketty Rouf : une prof de philo qui s’effeuille



On ne touche pas – Résumé

Joséphine est prof de philo dans un lycée de Drancy, en banlieue parisienne. Entre le mépris de ses élèves pour la discipline et la morosité ambiante de la salle des profs, son malaise grandit… jusqu’au jour où, par défi, elle s’inscrit à des cours d’effeuillage et pousse la porte d’un club de strip-tease pour un casting.

Le jour, elle enseigne, sage et disciplinée. La nuit, elle devient Rose Lee, femme féline et sûre d’elle qui apprend peu à peu ce qui fait fantasmer les hommes…


Auteur.
Taille du livre240 pages.
Note – ★★★★☆

On ne touche pas, Ketty Rouf

On ne touche pas – Avis sur le livre

On ne touche pas est la rencontre étonnante, voire détonnante, entre deux univers que tout semble opposer : le monde très sage de l’Éducation Nationale… et le monde, bien moins sage, de l’effeuillage.

L’héroïne de Ketty Rouf est Joséphine. Un prénom de meneuse de revue… mais une femme à l’existence très routinière. Professeur de philosophie dans un lycée de banlieue parisienne, Joséphine voit les jours s’écouler avec une morosité qui lui pèse considérablement.

Elle exerce à Drancy, ses demandes de mutation régulières sont toujours refusées et elle peine à cacher sa lassitude d’enseigner à des jeunes qui semblent porter peu d’intérêt à sa matière. Seul rayon de soleil dans ses journées : les échanges amicaux qu’elle entretient avec son collègue Martin, féru de littérature.

Ketty Rouf nous décrit cette déprime latente, menace qui peut à tout instant engloutir Joséphine. Elle nous raconte la salle des profs, un lieu où « l’arôme du mauvais expresso se mêle aux effluves d’after-shave ordinaire ». Les trajets parisiens à n’en plus finir (et tous ceux qui ont vécu un jour en banlieue parisienne trouveront dans ces descriptions des accents de vérité), où le professeur trompe l’ennui en lisant des romans érotiques.

« Je les connais par coeur les trottoirs à cinq heures et demie du matin, les arrêts de bus, les passages piétons, les couloirs du métro avec leurs bandes en caoutchouc le long des quais. C’est mon chemin de croix : cinq arrêts de bus, quarante minutes de métro, deux changements, sept minutes de marche, une nouvelle gare, trente-cinq minutes de train. Dans le bus, dans le métro, dans le train, parfois même en marchant, je lis des romans érotiques ».

Délicieux plaisir du plaisir à l’insu de tous, des lectures défendues dans un monde où l’on attend d’elle la sagesse. Mais la sagesse n’implique-t-elle pas, justement, une forme de connaissance de soi ?

Et puis, un jour, parce qu’il pleut à verse et qu’elle n’a pas de parapluie, Joséphine se réfugie dans un cabaret que l’on devine être le Crazy Horse. Un monde s’offre à elle, réveillant des envies qui bouillonnent sous la surface.

Elle s’inscrit à un cours d’effeuillage puis pousse la porte d’un club de strip-tease. C’est la révélation… et la double-vie.

Le jour, cette existence d’enseignante peu soutenue par sa direction, que l’on incite vivement à tout faire pour « faciliter la vie » des élèves quitte à faire abstraction de leur comportement déplorable et de leurs lacunes. La nuit, Joséphine se métamorphose et devient Rose Lee, femme nue qui danse pour des hommes pleins d’envie à qui l’on interdit de la toucher.

Elle se frotte au désir des autres, apprivoise les mots et les gestes de ces clients d’un soir, entre la peur d’être reconnue et l’extase de se sentir exister, de se sentir désirée.

C’est un roman auquel j’ai trouvé quelques longueurs, qui ne donne pas une image très optimiste de l’Éducation Nationale mais qui, au fond, questionne aussi de manière très intéressante ce qui nous anime et le poids des barrières que l’on se met parfois.

Pourquoi Joséphine s’inflige-t-elle un métier qui ne semble pas, au premier abord, lui procurer beaucoup de bonheur ? Pourquoi ne choisit-elle pas pour autant de se consacrer à 100% au strip-tease, paradis de l’argent facile et d’une féminité qui la fait tant rêver ? Faut-il se mettre à nu au sens propre pour se sentir désirable ?

Le roman de Ketty Rouf, sous l’apparence d’un simple antagonisme entre deux métiers que tout oppose, offre amplement matière à réfléchir !


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