Parents toxiques, Susan Forward : comprendre, guérir et briser la chaîne



Parents toxiques – Résumé

Certains enfants doivent grandir aux côtés d’un (ou deux) parents toxiques. Ils peuvent être violents physiquement, alcooliques, démissionnaires, coupables d’inceste, de manipulation mentale, d’insultes. Toujours est-il qu’ils échouent à apporter à leur enfant le sentiment de sécurité et d’amour dont il a besoin pour se construire. Un manque qui laisse souvent de profondes blessures à l’âge adulte.

Dans ce livre, Susan Forward explore la thématique des parents toxiques en présentant différents profils de parents et leur impact sur le développement de l’enfant, puis propose des solutions pour remettre les responsabilités à leur juste place, apprendre à se détacher de leur emprise et adopter quelques clés pour éviter de reproduire ces schémas néfastes.


Auteur.
Taille du livre352 pages.
Note – ★★★★☆

Parents toxiques, Susan Forward

Comment guérir de ses parents toxiques ? – Avis sur le livre de Susan Forward

Le livre de Susan Forward cherche à s’inscrire dans un manque : le constat que la littérature traite abondamment du cas des enfants victimes de parents toxiques au stade où ils sont encore des enfants… mais se soucie bien moins de ce qu’ils deviennent, une fois adultes.

De même, quand on évoque un enfant « victime », on songe aux situations d’inceste, de maltraitance physique, d’alcoolisme avec une démission parentale grave… mais souvent, on laisse de côté les situations de maltraitance verbale ou la manipulation mentale, qui peuvent pourtant causer des dégâts importants.

L’objectif du livre est d’explorer tous ces cas de figure, en s’intéressant à l’impact que ces parents peuvent avoir sur la vie d’adulte de leurs enfants puis, dans une seconde partie, d’envisager des solutions concrètes pour s’extraire de la relation d’emprise qui se crée avec les parents.

Comme l’explique l’auteur, tous les parents manifestent une forme d’imperfection : ils s’emportent parfois contre leurs enfants, sont parfois maladroits, peuvent parfois lâcher une injure sous le coup de la colère, sans que cela en fasse des parents maltraitants. Ils peuvent même, dans certains cas, faire du mal à leurs enfants sans en avoir conscience.

Là où cela devient un véritable problème, c’est lorsqu’il existe une dimension de répétition de ces comportements, qu’ils deviennent un schéma de fonctionnement ordinaire dans la famille et que l’enfant ne reçoit plus, par ailleurs, la sécurité, l’affection et la stabilité émotionnelle qu’il pourrait attendre de ses parents.

Dans la première partie du livre, Susan Forward expose ainsi l’idée que chaque enfant a besoin de percevoir son parent comme une sorte de « rempart » contre les dangers du monde extérieur : le parent devrait être ce protecteur et quand il ne joue pas ce rôle, il est plus facile pour un enfant de croire qu’il en est responsable plutôt que de remettre en cause l’idée du « parent parfait ».

En d’autres termes, un enfant confronté à des parents toxiques aura naturellement tendance à penser qu’il a « mérité » ce comportement par son attitude, par sa personnalité. Il en découle une intense culpabilité qui s’enracine et a souvent des répercussions à l’âge adulte.

Peu à peu, des mécanismes de défense se mettent en place : minimiser ce qui s’est passé (dénégation), justifier un comportement par de bonnes raisons pour, comme l’écrit l’auteur, « rendre acceptable l’inacceptable » (rationalisation) ou encore déplacer son ressentiment envers ses parents vers d’autres cibles plus faciles à affronter que d’affronter ses parents eux-mêmes (c’est le cas de ceux qui reproduisent un schéma vécu avec leurs parents à chacune de leurs relations amoureuses, ou avec leurs propres enfants).

L’auteur explore toutes sortes de cas de figure : ceux qui sont traditionnellement reconnus par la société comme des cas de maltraitance (violences physiques, inceste, parents alcooliques, abandons du domicile familial), mais aussi ces cas qui, plus subtils, ne sont pas toujours considérés à leur juste valeur (les parents dépressifs qui donnent à leur enfant un rôle qui n’est plus le leur, les parents dominateurs qui cherchent à contrôler la vie de leur enfant, les parents manipulateurs, les parents auteurs de violences verbales).

Elle montre ce que ces schémas familiaux discordants provoquent chez l’enfant puis chez l’adulte, avec des images que j’ai trouvées très justes. Par exemple, dans le cas des parents dominateurs, Susan Forward écrit ceci :

« Pour Claire, essayer de plaire à son père, c’était comme courir dans une course où il ne cessait de déplacer la ligne d’arrivée. Plus elle courait vite, et plus vite il déplaçait l’arrivée. Elle ne pouvait pas gagner ».

Le propos est nourri de nombreux exemples issus de patients accompagnés par Susan Forward, qui montrent l’influence des schémas de pensée que construit un enfant confronté à des parents toxiques. Des schémas qui continuent souvent à diriger les choix que l’on fait dans sa vie d’adulte.

L’auteur insiste sur une notion intéressante : l’idée que chaque famille, même la plus dysfonctionnelle, finit par trouver un « équilibre ». Attention, le terme « équilibre » n’est pas à entendre au sens d’un apaisement porté par des sentiments positifs… Il s’agit plutôt de l’idée que chacun va prendre la place attendue de lui, jouer le rôle qu’il se fixe, pour que la famille n’implose pas.

Par exemple, dans le cas de l’alcoolisme, l’autre parent va minimiser la situation en disant que le malade de l’alcool est « un bon vivant qui prend parfois un verre de trop », tandis que certains frères et sœurs vont fermer les yeux sur l’impact de la maladie sur le quotidien. Souvent, à l’âge adulte, plus personne n’ose aborder le sujet ou évoquer les conséquences, sous peine de voir cet équilibre familial voler en éclats.

Dans la seconde partie de son livre, Susan Forward évoque justement les solutions qui existent pour sortir de l’emprise négative exercée par un parent toxique. Elle empêche parfois de bâtir une vie amoureuse stable, pousse parfois à retomber dans des schémas dramatiques (être battu.e par son ou sa conjoint(e) comme on l’a été par un parent, devenir alcoolique soi-même ou épouser un.e alcoolique) ou tout simplement occasionne un mal-être difficile à définir.

L’auteur rappelle bien que ces conseils seront bien plus efficaces en complément d’un travail avec un thérapeute, et non en substitution. En effet, se libérer de parents toxiques occasionne souvent des sentiments violents, qui ont besoin de s’exprimer mais peuvent déstabiliser considérablement la personne : de la colère, une immense culpabilité, de la souffrance…

Elle commence avec un parti pris fort : l’idée que le pardon n’est pas forcément la première étape d’un travail thérapeutique. C’est une vision que je trouve intéressante car on évolue dans une société qui nous enseigne souvent la valeur du pardon (l’impact, peut-être, du poids qu’a eu la religion dans la société pendant des millénaires !). On consacre des émissions de télé à ces gens qui « pardonnent l’impardonnable », on valorise le pardon comme s’il témoignait de l’accomplissement suprême d’une thérapie.

Mais pardonner trop tôt, c’est souvent échouer à reconnaître que quelque chose s’est produit… et que ce quelque chose a d’abord besoin d’être exprimé et « traité ». Par ailleurs, le pardon doit aussi « se justifier ». Est-il légitime de pardonner quelqu’un qui n’a pas changé ? Qui ne manifeste pas d’envie de le faire ?

Susan Forward ouvre en tout cas cette discussion, et propose des exercices assez concrets pour identifier les « croyances familiales » qui se perpétuent, mettre des mots sur ce que l’on ressent à l’égard de ses parents ou encore acquérir des stratégies pour « dépassionner » les échanges et éviter de retomber systématiquement dans un schéma de soumission ou de conflit lors d’une conversation.

Tout ceci ayant pour but, in fine, de préparer une confrontation (même si l’auteur reconnaît qu’elle paraît inconcevable au départ).

Susan Forward fait preuve d’une certaine honnêteté en indiquant que la démarche ne débouche pas toujours sur les effets attendus. Certains choisissent de maintenir avec leurs parents un lien, souvent « superficiel » en ne dévoilant rien qui ne puisse donner prise au parent toxique ; d’autres en arrivent à couper les ponts pour se protéger.

L’idée est en tout cas de parvenir à une relation qui ne soit plus source de souffrance : en admettant que les parents ne changeront pas, que leur refus de reconnaître une situation ne signifie pas pour autant qu’ils n’ont aucune responsabilité, etc.

C’est un livre empreint de bienveillance et qui se veut aussi très « applicable ». Il peut être intéressant pour soi-même, mais aussi pour mieux comprendre le vécu de quelqu’un qui a été confronté à ce type de parents.

Bien entendu, un livre ne remplace pas un travail thérapeutique mais il peut aider à mettre des mots sur une situation, à accepter l’idée qu’il y avait bel et bien un problème, à envisager le fait qu’il puisse exister des solutions. C’est souvent beaucoup, déjà !


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