Poursuite, Joyce Carol Oates : le souvenir des squelettes



Poursuite – Résumé

Pendant des années, Abby a été hantée par le même rêve : celui d’un champ où elle retrouvait des ossements humains. Elle pensait s’être débarrassée de cette vision nocturne dérangeante, quand son mariage avec Willem ravive brutalement les rêves de squelettes. Perturbée, elle est victime d’un accident de voiture en descendant du bus.

Willem ignore s’il s’agit d’un accident ou d’une tentative de suicide. Tout comme il ignore un large pan du passé de sa femme. Pas de parents connus, elle a été élevée par sa tante. Abby n’est pas son vrai prénom, elle le lui a dit, quand elle était petite on l’appelait « Mir-mie » ou « Miriam Frances ». Elle n’a pas beaucoup de souvenirs. Qui est-elle, au fond ?


Auteur.
Taille du livre219 pages.
Note – ★★★☆☆

Poursuite, Joyce Carol Oates

Poursuite – Avis sur le livre de Joyce Carol Oates

Il faut du temps pour s’immerger dans l’histoire d’Abby, parue chez Philippe Rey en mars 2021. Au départ, elle est un peu confuse, les faits du quotidien se mêlent à ses pensées, à des bribes de souvenirs, des traumatismes enfouis que l’on sent affleurer sous la surface. Une écriture « par petites touches », façon peintre maniant la palette…

Abby, la héroïne de Joyce Carol Oates, s’appelle en fait Gabriella… mais pas vraiment. Disons plutôt qu’elle a choisi son prénom à un moment de sa vie, à la place de son prénom de naissance, Miriam Frances. Elle se souvient aussi qu’on l’appelait « Mir-mie » dans l’enfance. Elle a été élevée par sa tante dans une ferme miteuse et humide, car ses parents l’avaient « abandonnée », racontait-on dans sa ville.

Abby a grandi, elle s’est même mariée jeune à Willem, élevé dans la foi baptiste. Et c’est à l’aube de ce mariage qu’un vieux cauchemar d’Abby resurgit : elle avance dans la nature et soudain, parmi les herbes, elle voit apparaître des ossements. Au départ, on pourrait croire qu’il s’agit de ceux d’un animal. Mais lorsqu’Abby tombe sur deux crânes, le « Papa-crâne » et la « Maman-crâne » comme elle les décrit, le doute n’est plus permis.

Perdue dans ses pensées… à moins que ce ne soit volontairement, la jeune femme se précipite sur la route en pleine circulation et est percutée par un bus. Willem décide alors de se pencher sur son passé, réalisant qu’il ne connaît que peu de choses sur sa nouvelle épouse.

Poursuite est avant tout le récit d’un traumatisme survenu à un âge dont les enfants ne conservent que peu de souvenirs. Les psychanalystes en concluraient qu’il est donc « refoulé ». Dans ce cas précis, le caractère intolérable de la situation a poussé Abby à faire des cauchemars, sans vraiment savoir si la scène terrible qu’elle voit dans ses rêves est réellement arrivée, ou si c’est son imagination qui la fabrique pour symboliser quelque chose d’horrible en le représentant autrement.

Abby donne l’impression d’être « sans passé », d’avoir gommé sa propre identité pour se fondre dans le moule de ce que les adultes attendent d’elle, disant ce qu’on veut qu’elle dise, masquant ce qu’elle pense vraiment. Sa véritable histoire, on va la découvrir au fil des pages : celle d’une mère très jeune, Nicola, et d’un père vétéran de la guerre en Irak, Lew…

A titre personnel, j’ai eu du mal à apprécier le style très décousu de l’auteur : des faits, des pensées, des rêves, du passé, du présent, le tout mélangé… C’est bien écrit donc il n’y a pas de réelle incompréhension sur le cours de l’histoire (contrairement à certains livres où ces choix narratifs rendent l’intrigue indigeste). En revanche, cela donne à la héroïne un côté si tourmenté qu’il est difficile de s’attacher à elle. Frêle, fantomatique, avec un mari coincé dans un carcan religieux…

De même, Poursuite de Joyce Carol Oates est présenté comme un thriller. Ce n’est pas ainsi que j’aurais décrit ce livre. En effet, de suspense, il n’y en a pas vraiment et j’ai trouvé que la tension narrative restait faible. On devine aisément ce que cache le passé d’Abby, c’est plutôt le « comment » qui pose question.

A mes yeux, l’intrigue met surtout l’accent sur la dimension psychologique d’un traumatisme insupportable qui a été « converti », pour se protéger, en cauchemar…

Je sors de ce roman un peu déçue, n’hésitez pas à partager votre avis si vous l’avez lu également !


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