Pupille, Jeanne Herry : aux côtés des services sociaux - Critique et résumé

Pupille, Jeanne Herry : aux côtés des services sociaux



Pupille – Résumé

Après un déni de grossesse et un bébé non désiré, Clara décide d’accoucher sous X et de confier le petit à l’aide sociale à l’enfance, afin qu’on lui trouve une famille qui saura l’aimer comme il se doit.

La machine se met en marche. Le bébé est confié en pouponnière à une famille d’accueil, le temps qu’expire le délai de rétractation pendant lequel sa mère biologique peut encore changer d’avis. Parallèlement, les services sociaux se mettent en quête de la famille la plus adaptée parmi toutes celles qui ont déposé une demande d’adoption.


RéalisateurJeanne Herry.
Durée du film minutes.
Note – ★★☆☆☆

Pupille, Jeanne Herry

Pupille – Critique

Le film Pupille de Jeanne Herry traite d’un sujet délicat et complexe : celui de l’abandon… et de l’adoption. Car l’histoire qui s’écrit d’un côté du miroir s’écrit aussi, autrement, de l’autre. L’intrigue de Pupille nous montre justement comment deux parcours connaissent un jour une spectaculaire collision : la rencontre entre un bébé et sa famille adoptive.

D’un côté, il y a Théo. Sa maman biologique, Clara (Leïla Muse), a 21 ans quand elle découvre après un déni de grossesse qu’elle attend un bébé. C’était une relation d’un soir, il est trop tard pour avorter, elle est encore étudiante et ne se sent pas du tout prête à avoir un enfant.

De l’autre, il y a Alice (Élodie Bouchez), qui souffre de stérilité et, après de multiples échecs de fécondation in vitro, a décidé avec son compagnon de se tourner vers l’adoption.

On découvre, dès le début du film Pupille de Jeanne Herry, que c’est à Alice que Théo va être confié. Mais l’on ignore encore tout ce qui s’écrit avant cette annonce qui change une vie.

Alors Jeanne Herry raconte.

Ces moments où Clara doit expliquer ses choix, décider quelle trace elle laissera d’elle-même dans le dossier qui accompagnera son bébé : une lettre, un objet, des informations… pour qu’un jour peut-être, Théo puisse mettre des mots sur son identité et son vécu.

Ces moments où le nouveau-né est confié à Jean (Gilles Lellouche), assistant familial en plein questionnement sur son utilité en tant que famille d’accueil.

Ces moments où Karine (Sandrine Kiberlain), éducatrice spécialisée, s’implique avec une énergie débordante pour donner à ce bébé le meilleur départ possible dans la vie.

Ces moments où Alice passe sur le grill, pour justifier son désir d’enfant et le décortiquer face au regard attentif de Lydie (Olivia Côte), chargée de lui accorder (ou pas) un agrément d’adoption.


Ces moments, non dits, où le temps s’écoule. 4 ans à essayer d’être enceinte, 9 mois pour obtenir l’agrément, 8 ans de longue attente avant Théo… et le poids de ces années qui pèse sur le vécu, les attentes, la pression que l’on s’inflige.

Ces moments où Théo doit trouver sa place dans un environnement bien instable pour un petit être qui vient juste de faire son entrée dans la vie.

C’est un film profondément riche en émotions… et vous en aurez un vaste aperçu dans une scène où Lydie placera les futurs candidats à l’adoption face à une salve interminable de questions qu’ils vont devoir se poser : sur leur propre légitimité en tant que parents, sur ce que l’enfant leur dira peut-être, leur reprochera peut-être, sur les difficultés qu’ils auront à gérer…

La pression paraît étouffante mais sous son ton sec, Lydie veut en réalité faire prendre conscience de la réalité de cette démarche :

« Vous savez, un bon candidat à l’adoption, c’est pas quelqu’un qui n’a rien vécu de douloureux. C’est pas quelqu’un qui a une vie lisse ou sans problème. Ca n’existe pas, ça ! Dans la vie, on a tous des champs de mines et des champs de fleurs. Nous, ce qu’on veut savoir, c’est si vous avez réussi à déminer votre champ.

L’adoption, c’est pas seulement la rencontre de 3 personnes. C’est la rencontre de 3 histoires. Vous devez digérer votre histoire, comme vous devrez digérer l’histoire de votre enfant, puis aider votre enfant à digérer la sienne. Être en capacité de s’arrêter, de demander de l’aide, c’est très important justement. De se poser des questions ».

Des questions, on s’en pose justement… et je trouve que la complexité du parcours est abordée avec beaucoup de justesse. Mais alors, pourquoi ai-je attribué une note assez basse à ce film ?

Le film Pupille, Jeanne Herry
Le film Pupille, Jeanne Herry

Pupille m’a dérangée pour le jeu d’acteur, pendant une bonne partie du film. J’ai trouvé que certains personnages adoptaient un comportement « étrange », détaché, parfois un peu surjoué. Je suis sûre que ça correspond hélas à certaines réalités du terrain mais le « cumul » m’a donné l’impression d’avoir du mal à créer un lien affectif avec les personnages, du mal à me laisser toucher par leur histoire jusqu’à un stade assez tardif du film.

A titre d’exemple, lorsque la mère accouche sous X, le personnel se montre assez insistant pour qu’elle prenne le bébé, le voie, on a l’impression qu’ils traînent énormément dans la chambre avec le bébé hurlant avant de l’emmener pour les soins… comme si, pour l’effet dramatique du film, on avait besoin de cette longue séquence afin de nous faire comprendre que « oui, l’enfant pleure et sa mère ne fait rien pour le consoler ».

Je pense que ce genre de chose aurait pu être amené d’une manière plus fine : par exemple, en montrant le personnel qui emmène rapidement le bébé pour le réchauffer, faire les premiers soins… et la jeune mère qui, justement, reste seule face à elle-même dans la chambre en entendant au loin les pleurs de cet enfant qu’elle a choisi d’abandonner.

De même, le comportement d’Alice m’a laissée un peu dubitative. Elle paraît « perturbée », pas juste émue quand elle apprend par exemple qu’on lui a « attribué » un enfant. Je l’ai trouvée plus attachante au fil du film, à mesure que l’on découvre son histoire, la longueur de son combat pour devenir mère, sa douceur… mais la première impression a été en total décalage avec ce qu’elle renvoie en ayant une vision d’elle plus globale.

Est-ce voulu, pour que l’on se pose des questions ? Pour que le spectateur se demande « pourquoi elle, pourquoi lui confie-t-on cet enfant alors qu’elle n’a pas l’air très stable » ? Je ne sais pas, mais j’ai eu du mal à « sentir » ce personnage qui m’a paru très instable au premier abord.

Même sentiment avec l’assistante sociale qui vient rencontrer la jeune mère à la maternité, pour échanger avec elle sur sa décision de confier son enfant à l’adoption. Cette femme, Mathilde François (jouée par Clotilde Mollet) paraît au premier abord extrêmement maladroite, ce qui m’a poussée à la trouver désagréable.

Elle demande par exemple « Ca va ? » comme entrée en matière… Pas forcément la question que j’aurais posée pour avoir du tact, envers une femme qui vient de donner la vie et de décider d’accoucher sous X. Idem quand elle demande si « l’accouchement s’est bien passé », ça me paraît assez maladroit de le formuler ainsi alors qu’on imagine aisément que pour cette jeune femme, ce n’est pas vraiment le plus beau jour de sa vie.

Ne serait-ce que formuler les choses autrement aurait changé mon regard sur le personnage. Par exemple, « Comment avez-vous vécu votre accouchement » au lieu d’induire la réponse en demandant si « ça s’est bien passé » ce qui n’incite pas à être honnête. Là encore, la suite du film m’a poussée à adopter un autre regard sur ce personnage, très bienveillant au final.

Même chose pour Lydie, très froide et « cash » au premier abord, qui paraît presque agressive en échangeant avec Alice et son compagnon lors de leur premier rendez-vous. On comprend, bien sûr, que son rôle consiste à poser des questions profondes, qui poussent à interroger ses propres motivations à adopter… mais pourquoi ce ton si peu humain ?

C’est peut-être un choix scénaristique, pour qu’on ait justement le sentiment de lever le voile peu à peu sur leur personnalité… mais ça ne m’a pas semblé suffisamment évident et j’ai mis beaucoup (trop) de temps à me sentir touchée par ces personnages.



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