Une vie, l’autobiographie de Simone Veil, une femme de convictions


Une vie – Résumé

La disparition de Simone Veil a suscité une émotion populaire rare, à la hauteur de ce qu’elle fut : une femme de convictions, engagée, qui a porté chacun de ses combats jusqu’au bout de ses forces.

On lui doit celui, ardu, de la légalisation de l’IVG qui a permis de médicaliser (enfin !) une situation dramatique que les femmes vivaient auparavant dans la clandestinité et dans la honte. On lui doit un travail sur la construction de l’Europe, sur l’amélioration du système de santé, ou encore la prise en charge médicale et psychologique des détenus…

Simone Veil, ce sont aussi des blessures intimes : la déportation à Auschwitz, sa famille décimée par la Shoah, la perte d’un fils… filigrane d’une existence et d’une femme qui forcent le respect. « Une vie » est son autobiographie.


Auteur.
Taille du livre416 pages.
Note – ★★★★☆

Une vie, l'autobiographie de Simone Veil

Une vie – Avis sur le livre

En parcourant les dernières pages de l’autobiographie de Simone Veil, j’ai à nouveau été saisie par l’envie d’aller déposer un bouquet de fleurs sur sa tombe. La modestie de ce titre emprunté à Maupassant ne fait que souligner son humilité et sa grandeur. « Une vie », certes… mais quelle vie !

De Simone Veil, chacun a quelque chose à retenir : son implication dans la légalisation de l’IVG, qu’elle a portée à bout de bras ; son travail en faveur de l’Europe ; ou encore son rôle dans la mémoire de la Shoah…

Tout au long de ce livre, se dessinent aussi bien son intelligence, sa finesse, qu’un caractère fort et honnête. Comme le dit la formule, elle « a le courage de ses opinions », une qualité rare et qui lui a sans doute permis de défendre ses convictions dans un milieu politique souvent rongé par les guerres d’ego.

L’histoire de Simone Veil commence par une tragédie, qui transparaît dès la dédicace : « Pour Yvonne, ma mère, morte à Bergen-Belsen. Pour Papa et Jean, assassinés en Lituanie ». Arrêtée parce qu’elle était juive, Simone Veil a connu la déportation à Auschwitz-Birkenau.

Le passage qu’elle consacre aux camps est bref, pudique, mais on sent à quel point il pèse lourd. Elle glisse même que la date de son arrivée à Auschwitz-Birkenau, tout comme celle de son retour en France, constituent « les points de repère de [sa] vie ».

Ce sont ce père et ce frère qui ne reviendront pas et dont elle ne connaîtra jamais le destin exact. Cette meilleure amie gazée à Auschwitz. Cette maman emportée par le typhus peu de temps avant la libération des camps. Avoir été un numéro, dépouillée de son identité. Avoir su rester humaine dans un monde inhumain.

L’autobiographie de Simone Veil irradie de cette humanité, un mélange de fermeté et de bienveillance. Quand on lit le début de son parcours, on se dit qu’elle aurait pu passer sa vie en colère. A la fin de la guerre, on rapatriait les soldats en avion mais on prétendait qu’il n’y avait pas d’avion pour les déportés. Ils dérangeaient, tous, leur survie suscitait presque de la méfiance :

« C’est tout juste si certains ne s’étonnaient pas que nous soyons revenus, sous-entendant même que nous avions dû commettre bien des turpitudes pour nous en être sortis. Ce sentiment d’incompréhension teintée de reproche était pénible à vivre ».

On a continué à reprocher à Simone Veil sa judéité pendant longtemps, bien après les camps, à ironiser sur son passé… comme ce député qui, dans les années 50, a désigné son tatouage de déportée en lui demandant si c’était son numéro de vestiaire.

Pourtant, elle a puisé en elle la force de convertir cette colère – qu’il lui est sans doute arrivé de ressentir – en l’énergie d’agir, de comprendre, d’expliquer.

« Quand je lis, ici ou là, que dans les camps, les gens se sont tous très mal comportés, je bondis. Dieu sait dans quelles conditions nous vivions – en vérité, je pense, par bonté d’âme, qu’il l’ignorait – et à quel point notre quotidien était effroyable ! Ce n’est pas mal de comporter que de vouloir sauver sa vie, de ne pas se laisser emporter par le corps voisin qui chute et ne pourra se relever ».

Simone Veil à Auschwitz-Birkenau en compagnie de Jacques Chirac
Simone Veil à Auschwitz-Birkenau en compagnie de Jacques Chirac

Sa vie a été une vie de combats : « j’ai toujours développé », explique-t-elle, « une sensibilité extrême à tout ce qui, dans les rapports humains, génère humiliation et abaissement de l’autre ».

Alors elle a œuvré pour les prisons autant que pour les femmes dont les droits étaient bien maigres. Elle a œuvré pour l’Europe autant que pour les malades du sida. Elle a plongé dans le droit et la politique parce que cela lui offrait une tribune pour agir, même si elle reconnaît ouvertement être hostile à la « politique politicienne », cette politique qui devient une scène pour les egos au lieu de servir l’action.

D’ailleurs, elle ne mâche pas ses mots concernant certaines figures bien connues de la scène politique : quand elle aime, elle aime… et quand elle n’aime pas, elle le dit aussi en justifiant ses ressentis. Elle évoque ainsi nombre d’hommes et femmes politiques, comme Nicolas Sarkozy (« un homme aussi vif qu’intelligent, infatigable travailleur, exceptionnellement au fait de ses dossiers ») et Ségolène Royal (« plus inconsistante [que Dominique Strauss-Kahn], plus floue dans ses jugements bien que plus entêtée jusque dans l’erreur »).

Je crois que c’est François Bayrou qui en fait le plus les frais, peut-être parce qu’elle lui reproche justement un manque de loyauté et de droiture morale qui contraste énormément avec les valeurs qu’elle-même affiche !

« François Bayrou, que je connaissais alors à peine et auquel je faisais confiance, tant il m’était apparu intelligent et dynamique, venait de me donner la vraie mesure de son caractère, capable en quelques jours d’énoncer avec la même assurance une chose et son contraire, uniquement préoccupé de son propre avenir qui, depuis sa jeunesse, ne porte qu’un nom : l’Elysée. Le personnage demeure incompréhensible si l’on ne tient pas compte de cette donnée essentielle : il est convaincu qu’il a été touché par le doigt de Dieu pour devenir président. C’est une idée fixe, une obsession à laquelle il est capable de sacrifier principes, alliés, amis.

Cette citation traduit ce que j’admire chez cette femme : elle ne cherche pas à être consensuelle, n’a pas gagné sa réputation en étant lisse avec tout le monde… mais en jouant franc jeu, quitte à ce que ça pique parfois. Elle a eu le mérite d’assumer ses convictions, qu’elles concernent des hommes ou des idées. Et surtout, elle garde toujours au creux d’elle cette aptitude à comprendre ce qu’elle n’excuse pas.

L’autobiographie de Simone Veil ne saurait être un défilé de figures politiques parmi lesquelles elle a évolué. C’est au contraire une plongée dans de grandes décisions qui ont marqué la société, et notamment la légalisation de l’interruption volontaire de grossesse.

Elle a su, sans langue de bois, dire tout haut que la loi ne faisait qu’encadrer une réalité qui existait déjà depuis belle lurette et avait des conséquences dramatiques : les avortements clandestins, débouchant souvent sur des infections dramatiques pour les femmes, qui devaient vivre dans la souffrance et dans la honte un épisode de vie déjà douloureux en lui-même. Ils créaient aussi de fortes inégalités sociales, les femmes aisées pouvant s’offrir le luxe de partir à l’étranger pour avorter.

Elle-même a dû lutter en tant que femme, étant souvent la « caution féminine » dans un milieu masculin où l’on faisait appel à elle autant pour sa compétence que pour son genre, gage de bonne conscience. Si elle est devenue magistrate, c’est d’ailleurs parce qu’elle a fait un compromis avec son mari afin qu’il la laisse travailler au lieu de rester à la maison pour s’occuper du foyer comme il était de coutume à l’époque.

L’autobiographie de Simone Veil est une leçon d’histoire autant qu’une leçon d’humanité. Elle s’achève par de longues annexes qui reprennent quelques-uns de ses plus grands discours.

Plus que l’historique de son parcours, c’est sa personnalité que je retiens : une incitation à agir, à oser, une capacité inouïe à aller de l’avant en préservant une indispensable bienveillance.


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