Vide, de Mitch : une poésie des temps modernes


Vide, de Mitch : recueil de poésieQui a lu de la poésie récemment ? Depuis les rythmes de Victor Hugo, les récitations de Baudelaire, les analyses de Rimbaud, les vers de Musset étudiés sur les bancs de l’école ? J’aime la poésie, parce qu’elle nous entraîne dans une émotion qui n’est pas la nôtre tout en autorisant toutes les fantaisies, toutes les contorsions de la langue française. On se laisse happer par sa musicalité, ces mots qui s’entrechoquent ou glissent les uns à la suite des autres, formant un univers qui n’existerait nulle part ailleurs.

Pour autant, je l’avoue, je ne pense jamais à acheter de la poésie contemporaine. Alors, quand au hasard d’une rencontre, un poète des temps modernes m’a fait découvrir son recueil, je n’ai pas hésité bien longtemps à m’y plonger.

Vide, publié par Mitch aux éditions Hugues Facorat, rassemble 19 poèmes, illustrés par l’auteur lui-même à l’encre de Chine.

19 voyages dans des thèmes qui nous concernent tous. L’ami dont la présence nous réconforte, la nuit qui réveille nos angoisses les plus sournoises, la télévision qui nous absorbe et nous abrutit… On passe de la tendresse à la violence, des mots doux aux mots où l’on sent poindre le désespoir, où l’on ne craint pas de dire « Merde » quand la détresse s’installe.

Alors j’ai eu envie d’en savoir plus. Pourquoi publier de la poésie aujourd’hui, genre un peu absent du paysage médiatique ? Quelle histoire se cache derrière ?

7 questions à l’auteur

Bonjour Mitch, je viens d’achever la lecture de « Vide »… et c’est un vide bien plein ! Est-ce justement ce trop-plein d’émotions qui t’a amené à écrire de la poésie ?
En fait je vais faire une réponse de Gascon, oui et non. Oui, car bien évidemment il faut un trop-plein pour enfin sortir ce qui est profond en chacun de nous. Et non, car si je suis venu à la poésie ce n’est pas parce que j’avais ce trop-plein, mais parce que je voulais réduire au maximum mon écriture. Je viens du théâtre à la base. J’ai donc appris à jouer, avant d’écrire, du théâtre, bien sûr. Ce qui m’a plutôt poussé à écrire dans la longueur, à chercher le développement d’une émotion sur des pages et des pages. Et puis avec l’âge et le recul, j’ai travaillé sur la réduction. Trouver ce que je faisais sur plusieurs pages en une phrase ou deux.

La nuit nous veut, la nuit nous aspire, la nuit nous déchire, la nuit me nuit.

Certains écrivent de la fiction, d’autres de longs témoignages. Tu as choisi le poème. Qu’est-ce qui te séduit dans cette forme d’expression ?
La synthétisation courte d’une idée ou d’un sentiment complexe. Au départ, ce n’étaient que des bouts de phrases sans suite logique dans des coins de cahiers, puis j’en ai repris certains et j’ai travaillé autour de la musique des mots. Je ne savais pas après les premiers mots écrits que ce seraient des poèmes. Je n’ai pas vraiment écrit ce recueil, c’est lui qui m’a écrit. Je travaille actuellement sur un roman et un spectacle, je ne limite pas les formes d’expression. Pour le moment c’est « aucune limite », le tout c’est de travailler suffisamment chaque projet.

Certains textes expriment une quête de sens désespérée, empêcher à tout prix que la vie ne soit qu’une fade aventure. Cette crainte de « vivre en vain » est-elle très présente chez toi ?
Oui elle est présente chez moi, mais je pense sans trop m’avancer qu’elle est présente dans l’humanité en général. Victor Hugo disait : « Si tu veux parler du monde, parle de ton village ». Alors je parle de mon village, de mes craintes, qui sont celles de tout le monde. On n’a pas tous la même méthode pour ne pas sentir la vacuité de l’existence, et quand je regarde autour de moi ça ressemble beaucoup à une bataille rangée. Chacun pour soi, mais droit devant. Pour combattre ça, j’écris, je peins, et j’essaie d’être le plus souvent dans le « lâcher prise ».

Des hautes tours nous avons si souvent plongé, pris dans l’euphorie des instants.
Nous sourions de la fatalité quand nos pupilles se reflètent les unes dans les autres.

"Aime", une illustration de Mitch à l'encre de ChineLa poésie, aujourd’hui, n’est pas médiatisée comme le sont d’autres formes de littérature. Selon toi, à quoi est-ce dû ?

La poésie est victime d’elle-même, au fond. Elle a passé son temps à martyriser les enfants de toutes générations confondues, avec une forme très (trop ?) rigoureuse, une musique quasi binaire, un récitatif monocorde… enfin, tout pour dégoûter les enfants.

En plus, faire réciter de la poésie aux enfants n’a d’autre but que de les forcer à apprendre par cœur. Peu, voire aucun instituteur ne fait travailler la musique de la poésie. On a tous en mémoire le jour de la poésie, le lundi matin, où, alignés en rang, nous attendions notre tour. Passer sur l’estrade devant le maître, qui ne levait pas son nez de son cahier durant l’interminable litanie des gamins balbutiant des bouts de poèmes de Verhaeren ou Prévert, sans même comprendre ce qu’ils racontaient.

La poésie est victime de ça, sans nul doute possible. Ouvrir la porte aux poètes de la « Beat Generation », à Gil Scott-Heron ou même à Léo Ferré dans le cursus scolaire permettrait de redonner un peu de vigueur à cette forme de littérature.

Qu’est-ce qui t’a donné envie d’être publié et comment as-tu vécu ce parcours vers l’édition ?
Ce qui m’a donné envie d’être publié… je réfléchis… en étant tout à fait honnête, un mélange entre inconscience et égo. Il faut de l’égo pour donner ses textes à des éditeurs, entendre que c’est nul, et continuer quand même à les envoyer à d’autres éditeurs. Et aussi beaucoup d’inconscience pour les mêmes raisons au fond.

Comment j’ai vécu ce parcours vers l’édition ? Un chemin de croix sur les genoux dans une pente enneigée avec du verre pilé et des loups affamés qui me coursaient. Ça résume bien l’idée, je trouve. Plus sérieusement, dur, très dur. Mais c’est le prix à payer pour sortir un texte. « No pain no gain » disent nos cousins d’outre-Atlantique, et je suis assez d’accord avec la formule. L’écriture est un travail et avant de pouvoir prétendre montrer son travail en place publique, il faut travailler longtemps. Déjà pour trouver son style, et ensuite pour faire en sorte que son style soit lisible. Les écrivains qui écrivent tout d’un premier jet sur un coin de table d’un café à Montmartre, c’est un mythe. Le parcours est dur, mais c’est aussi pour éviter les dilettantes et forcer les auteurs que nous sommes à nous remettre au boulot régulièrement. Ce n’est pas forcément un mal.

« Pourquoi risquer la mort quand tu peux l’éviter ? »
« Car dans cette mort, j’ai été vivant plus longtemps que toi »
Aime, vis, rêve et tombe.

On aborde parfois la poésie avec l’image d’un langage complexe aux mille figures de style alambiquées. « Vide » fait éclater ces préjugés. Les thèmes sont modernes, le langage l’est aussi. Pourquoi peut-on dire « Merde » dans le poème d’aujourd’hui ?
Je pense sincèrement qu’on peut dire « Merde » dans le poème depuis toujours. La vraie question, c’est plutôt « qu’est-ce que le poème pour chacun d’entre nous et qui sont nos poètes ? » C’est très subjectif au fond. Pour moi, Jacques Brel est l’un des plus grands poètes de sa génération. Certains diront que c’était un artiste de music-hall ou un chanteur mais pour moi, c’était un poète qui n’avait pas peur de décrire ses semblables dans une vérité qui permet de dire merde, parce que dire merde c’est la vraie vie, c’est l’exacerbation des sentiments dans ce qu’ils ont de plus humain. Et ils pissent comme je pleure sur les femmes infidèles… C’est dur, c’est vrai et c’est beau.

Ce recueil s’appelle « Vide ». Un conseil pour ceux qui ont le vertige ?
Ouvrez grand les bras, respirez un grand coup et lâchez tout, le vide appelle forcément le plein.

Merci à Mitch pour cette découverte… qui m’a donné envie de me replonger dans la poésie !


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4 commentaires sur “Vide, de Mitch : une poésie des temps modernes

  • teamlitteraire

    Très bel article ! Notamment l’interview avec des questions très bien trouvées, merci pour cette chronique.

    Répondre à teamlitteraire
    • Allée des Curiosités

      Merci Miss ! Contente que ça t’ait plu, je vais aller découvrir ton avis sur ce recueil :)

      Répondre à Allée
  • Sarah

    Ca fait longtemps que je n’ai pas lu de poésies à part sur les blogs, je ne savais pas qu’on pouvait se faire publier en écrivant des poèmes. Merci pour cette interview

    Répondre à Sarah
    • Allée des Curiosités

      J’en lis de temps en temps mais du classique (Rimbaud & Musset, pour ne pas les citer)… et j’ai réalisé en croisant la route de Mitch qu’on ne pense pas toujours à s’intéresser à la poésie d’aujourd’hui.

      Répondre à Allée
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