Annabel, Kathleen Winter – La quête d’identité d’un hermaphrodite


Annabel – Résumé

Dans les années 60, au Canada, Jacinta met au monde son premier enfant avec l’homme qu’elle aime, Treadway. Sa fidèle amie Thomasina assiste à l’accouchement et découvre que l’enfant possède les caractéristiques physiques des deux sexes, faisant de lui un hermaphrodite.

Dans ce petit village du Labrador, la différence n’a pas vraiment sa place et les parents doivent faire un choix : sous quelle identité grandira leur enfant ? Celle d’une fille, Annabel ? Ou celle d’un garçon, Wayne ? Le choix du père finit par l’emporter et l’enfant devient « Wayne ». Mais au fil de sa jeunesse, sa part de féminité enfouie va se révéler, confrontant ses parents au poids du secret, à des questionnements sur l’éducation donnée à cet enfant…

Wayne pressent qu’on lui cache certaines vérités. Finiront-elles par éclater et à quel prix ?


Auteur.
Taille du livre480 pages.
Note – ★★★★☆

Annabel, Kathleen Winter

Annabel – Critique

Annabel de Kathleen Winter est un très beau roman sur la construction de l’identité et la différence. L’auteur a grandi dans la région du Labrador, province située au Nord-Est du Canada, et c’est sans doute cette expérience qui lui permet de créer un décor au réalisme frappant.

L’intrigue se déroule dans un petit village où les femmes jouent un rôle tout à fait central. En effet, durant toute la saison de chasse, les hommes partent sur leur « ligne de trappe », un territoire attribué au trappeur pour son activité. Pendant ce temps, les femmes organisent la vie quotidienne de la ville, faisant jouer la solidarité et se confiant les unes aux autres sur leurs maris respectifs.

Lorsque naît un hermaphrodite, difficile d’exposer sa différence aux yeux de tous.

La crainte du rejet paraît bien plus forte que l’idée de porter un secret durant de longues années, toute une vie peut-être. Jacinta, la mère, a l’intuition que cet enfant a quelque chose de féminin en lui et qu’il devrait être élevé comme une fille. Treadway, le père, veut au contraire faire de lui un garçon, qui suivra ses traces.

Jacinta n’osant pas élever la voix, c’est le choix du père qui s’impose. En tant que mère, elle vit avec l’angoisse que quelqu’un s’aperçoive de la réalité, de cette double identité avec laquelle son fils devra composer malgré l’opération qui a fait de lui un garçon aux yeux du monde. Et au fil des années, ses craintes ne sont que plus légitimes car Wayne possède une sensibilité différente de celle des garçons de son âge. Il peine à s’intégrer à leur groupe à l’école et se sent plus proche de Wally Michelin, une fille elle aussi très sensible qui rêve de devenir chanteuse lyrique.

Si Wayne grandit en respectant, presque avec obéissance, le genre qu’on lui a assigné, la puberté apporte quant à elle son lot de bouleversements. Wayne a des questions… mais osera-t-il les poser et pourra-t-il obtenir des réponses ? Les bouleversements hormonaux inévitables à cet âge vont-ils révéler une part de lui-même enfouie jusqu’alors ?

C’est un livre qui m’a emportée même si j’avoue qu’il comporte des faiblesses. La vision de l’hermaphrodisme présentée ici m’a paru souvent trop caricaturale, en particulier en raison de l’attitude du père de Wayne, Treadway. Il paraît si déterminé à faire de son fils un stéréotype de l’homme viril dont on ne peut contester la masculinité qu’il se lance dans des initiatives assez ridicules. Un exemple ? Demander à ses amis d’orchestrer un ballet avec des engins de chantier pour prouver à Wayne que ces machines soi-disant « viriles » sont tout aussi belles que de la natation synchronisée, discipline que Wayne rêve de pratiquer.

Même chose sur certains épisodes que traverse Wayne à l’adolescence, en particulier à cause de l’opération chirurgicale qu’il a subie étant enfant.

Malgré tout, j’ai eu l’impression qu’il y avait au-delà de ces faiblesses des émotions et des réflexions intéressantes dans ce livre. Un peu comme Tomboy de Céline Sciamma, Annabel nous amène à nous interroger sur ce qu’est une identité masculine ou féminine. Est-ce quelque chose d’inné, la sculpte-t-on au fil de ses expériences ? Y a-t-il vraiment une façon d’être homme ou une façon d’être femme ?

Si ces sujets vous intéressent, plongez-vous dans ce roman étonnant !


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4 commentaires sur “Annabel, Kathleen Winter – La quête d’identité d’un hermaphrodite

  • Audrey

    Contente de lire ton avis sur le roman !
    Je n’ai pas, pour ma part, était frappée par le côté stéréotypé de ce roman – ce qui m’a vraiment emportée, c’est l’écriture très poétique de Kathleen Winter, qui se marie bien avec la personnalité sensible de Wayne.
    Si ça t’intéresse, voici ma critique (assez courte, malheureusement, il faisait partie d’une sélection) : http://toutelaculture.com/livres/fictions/selection-poche-de-lenfance-en-litterature/

    PS : La Fille du Train, ça m’a bien plu. Ce n’est pas le roman de l’année, entendons-nous bien, mais c’est très distrayant. J’ai une réserve, mais je la partagerai quand tu l’auras lu (sauf si tu as déjà lu ma critique sur le blog, bien sûr !).

    Répondre à Audrey
    • Allée des Curiosités

      Non, je n’ai pas encore lu ta critique, ouf ! Je pense me garder ce livre pour la période des fêtes et les trajets en train qui vont avec ;)

      J’ai lu ta critique d’Annabel et découvre par la même occasion « Les jumeaux de Black Hill » qui me tente bien.

      Concernant Annabel, j’ai eu cette même impression de poésie, de délicatesse dans l’écriture et c’est ce qui m’a fait adorer ce roman malgré mes petites réserves. J’ai aussi beaucoup aimé le cadre dans lequel se déroule l’histoire, qui sort de ce que l’on connaît, de nos repères habituels…

      Répondre à Allée
  • Leiloona

    Hum, ça tombe bien je l’ai dans ma bibli’, mais je ne l’ai toujours pas ouvert, mais son temps viendra bien un jour ! ;)

    Répondre à Leiloona
    • Allée des Curiosités

      Je compatis, « La Fille du Train » de Paula Hawkins est dans ma bibli depuis un bon moment et elle est encore sur le quai à m’attendre, la malheureuse ;)

      Répondre à Allée
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