Breaking The Waves, Lars von Trier



Breaking The Waves – Résumé

Bess McNeill, jolie jeune femme à l’équilibre mental fragile, vit dans un petit village profondément religieux du nord de l’Écosse. Elle parvient à grand-peine à convaincre les responsables religieux d’épouser « un étranger », le Danois Jan qui travaille sur une plateforme pétrolière.

Très vite, une forte complicité s’installe entre eux, y compris sur le plan sexuel.

Lorsqu’il est contraint de repartir sur la plateforme, laissant Bess dans la solitude que les femmes de la région connaissent bien, cette dernière prie secrètement pour qu’il revienne bientôt. Peu de temps après, un grave accident pousse justement Jan à rejoindre sa femme, menaçant le bel équilibre de leur jeune couple.


RéalisateurLars von Trier.
Durée du film minutes.
Note – ★★★★☆

Breaking The Waves, Lars von Trier

Breaking The Waves – Critique

Le film de Lars Von Trier est une immersion aussi déconcertante que fascinante dans un monde où religion, fragilité mentale et coups du sort se conjuguent en faveur d’une descente aux enfers des plus tragiques.

Le décor est celui du nord de l’Écosse : des falaises escarpées, sculptées par les vagues qui viennent s’abattre sur elles et, parmi elles, un tout petit village régi par la religion, celle d’une église presbytérienne d’inspiration calviniste. Toutes les décisions importantes de la vie de la communauté sont prises par un groupe « d’Anciens », de vénérables vieillards chargés de garantir la moralité de tous.

Dans cette société d’un autre âge, les femmes n’ont qu’un rôle limité. Elles n’ont pas de place parmi les Anciens, pas voix au chapitre à l’église, pas le droit d’être présentes aux enterrements (durant lesquels on n’hésite pas à souhaiter au défunt d’être « banni en enfer » si les Anciens estiment qu’il s’est mal comporté).

On attend des femmes qu’elles se marient, si possible avec un homme du coin, comme si toute « importation » extérieure menaçait l’équilibre de la communauté. Peut-être est-ce le cas, après tout, car un système aux règles si rigides ne peut que se sentir en danger face à des gens venus d’ailleurs, aux mœurs bien différentes !

Breaking The Waves raconte justement l’histoire de Bess McNeill (Emily Watson), une jeune femme du village à l’équilibre mental fragile. Elle a été particulièrement bouleversée par la mort de son frère quelques années plus tôt et sa belle-sœur Dorothy, dite « Dodo » (Katrin Cartlidge) a décidé de rester à ses côtés pour prendre soin d’elle malgré son veuvage.

Et Bess a rencontré Jan Nyman (Stellan Skarsgård), un Danois ouvrier sur une plateforme pétrolière. Lars Von Trier nous montre toute la complexité qui réside dans cette relation : le pétrole qui fait vivre la région, avec des liaisons en hélicoptère régulières entre la plateforme et le continent ; les femmes du coin, qui doivent vivre avec les longues absences de leurs hommes partis en mer ; les dangers d’un métier difficile, qui vole parfois une vie ou deux ; ces « étrangers » venus pour le travail qui épousent parfois des « locales »…

Si le mariage de Bess fait froncer les sourcils aux Anciens, ils ne s’y opposent pas pour autant car Bess est une jeune femme très pieuse, qui fréquente assidûment l’église et dont on n’a aucune raison de douter de la morale.

C’est sans compter sur sa fragilité psychologique, qui lui a déjà valu d’être internée par le passé. Très rapidement, il apparaît que Bess est incapable de faire face à la réalité des femmes de sa région : voir partir l’homme qu’elle aime vers la plateforme pétrolière pendant de longues périodes. Bess dépérit en comptant les jours comme une fleur que l’on a oublié d’arroser.

Elle se réfugie dans ce qu’elle connaît et qui la rassure : des conversations un peu particulières avec Dieu, au cours desquelles elle formule suppliques et réflexions, imaginant les réponses de « l’autorité divine ».

Un jour, épuisée par l’absence de Jan, Bess supplie Dieu de lui rendre son mari. Peu de temps après, Jan revient auprès d’elle. Il n’a pas choisi de rejoindre Bess. D’ailleurs, de tels désirs seraient irréalisables dans la vie qui est la leur, et Lars Von Trier nous le fait bien comprendre, soulignant ainsi toute la naïveté de Bess qui semble croire que l’on peut faire autrement, vivre autrement que cette vie d’absence à laquelle les autres femmes doivent se plier.

Non, Jan a été victime d’un grave accident.

La dimension tragique du film Breaking The Waves se révèle alors pleinement. Bess se met à nourrir une culpabilité grandissante d’avoir prié pour le retour précipité de Jan, persuadée que c’est cette prière qui a provoqué l’accident.

Sa culpabilité se mue peu à peu en engrenage malsain sous l’effet de la fragilité mentale de Bess : elle développe une croyance presque « magique » en son pouvoir à arranger l’état de Jan. Quel que soit le prix à payer.

La tragédie se déploie tout au long d’un film de près de 2h40 où l’on ne voit pas le temps passer. Emily Watson nous livre une Bess à l’innocence encore toute enfantine, femme fragile qui éveille des désirs de protection… ce qui rend son destin d’autant plus dramatique.

Bess marche en permanence au bord d’un précipice. Il y aurait dû avoir là des barrières : un médecin bienveillant qui se soucie de son état mental, la présence solide et rassurante de « Dodo », la belle-sœur de Bess, l’amour que Jan a pour sa femme, la foi de Bess qui dicte une certaine conduite morale… mais ces barrières lâchent, l’une après l’autre, rendant la chute aussi inévitable que terrifiante car on la devine…

C’est un film riche en réflexions : sur la capacité de la religion à influer sur la morale, à pallier à un mental fragile par des règles strictes ; sur l’impact qu’un traumatisme personnel (celui de Jan) peut exercer sur les autres (ici Bess), avec un rapport délicat entre l’instinct de survie égoïste et ce que cela coûte à l’entourage ; sur le pouvoir parfois limité des proches à freiner une descente aux enfers (ici, Dodo a beau être une infirmière pleine de compassion, elle n’a pas forcément le pouvoir de lutter contre tous les démons qui rôdent autour de Bess) ; sur ce qu’est l’amour.

Le film est divisé en sept chapitres, avec des séquences de titre pour chacun montrant des décors façon « scène impressionniste » sur fond de musique rock. Des interludes où la caméra reste statique face à un décor en mouvement, comme si Lars Von Trier nous offrait une pause réflexive bienvenue dans un film chargé en émotions.


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