Il pleuvait des oiseaux, Jocelyne Saucier : vieillir dans la forêt


Il pleuvait des oiseaux – Résumé

Trois hommes âgés ont décidé de se retirer de la société ordinaire pour aller vivre au fond des bois, loin des contraintes du quotidien.

Leur existence est un jour perturbée par l’arrivée de deux femmes… et notamment d’une photographe qui enquête sur une série de violents incendies ayant ravagé la région il y a bien longtemps. Elle a découvert que l’un des hommes, « Boychuk », avait vécu cet épisode douloureux, et souhaite faire son portrait.

Mais Boychuk, apprend-elle, vient de mourir…


Auteur.
Taille du livre224 pages.
Note – ★★★★☆

Il pleuvait des oiseaux, Jocelyne Saucier

Il pleuvait des oiseaux – Avis sur le livre

J’ai découvert Jocelyne Saucier, romancière québécoise, à travers son livre Les héritiers de la mine. L’écriture sobre, authentique, m’avait intéressée même si le roman m’avait laissé un parfum d’insatisfaction. J’ai donc eu envie de plonger dans un second roman de la même auteure.

Cette fois-ci, elle nous emmène au cœur d’une forêt canadienne. Une forêt où trois hommes très âgés ont choisi de vivre les dernières années de leur existence loin de la société. Tom, 86 ans, Charlie, 89 ans et « Ted » Boychuk… qui n’a désormais plus d’âge car il vient de mourir.

Vivre ainsi dans des cabanes qu’ils ont construites de leurs mains permet aux hommes de satisfaire leur vœu le plus cher : celui de gagner leur liberté, qu’il s’agisse de celle de vivre ou de celle de mourir. Aujourd’hui, ils ont le choix. Chacun possède dans sa cabane une boîte de sels toxiques pour en finir avec la vie si celle-ci venait à devenir insupportable.

Et puisqu’elle ne l’est pas, les hommes ont noué une forme de cohabitation paisible, faite d’habitudes simples et de respect mutuel.

Un jour, leur équilibre se trouve perturbé par l’arrivée d’une photographe. Elle a eu du mal à dénicher l’emplacement des cabanes, difficile d’accès, dissimulé par la bienveillante complicité des arbres. Mais elle a une quête : elle souhaite parler avec Boychuk, ignorant qu’il n’est plus de ce monde.

Elle a été marquée par le récit d’une vague d’incendies d’une violence colossale, survenus il y a plusieurs décennies. Depuis qu’elle a appris l’existence de ces « Grands Feux », la photographe n’a de cesse de rechercher des survivants pour les interroger et faire leur portrait.

Il pleuvait des oiseaux, Jocelyne Saucier

Dans tous les discours, toutes les bribes de souvenirs, se dessine la silhouette d’un personnage central : Boychuk. Il ne porte pas toujours le même prénom mais nombreux sont ceux qui décrivent cet adolescent errant, aveugle, dans les décombres fumants de son village.

« Le feu a des caprices qu’on ne s’explique pas. Il va sur les plus hauts sommets, arrache le bleu du ciel, se répand en rougeoiement, en gonflement, en sifflement, dieu tout-puissant, il s’élance sur tout ce qui est vivant, saute d’une rive à l’autre, s’enfonce dans les ravins gorgés d’eau, dévore les tourbières, mais laisse une vache brouter son herbe dans son rond de verdure.

Que peut-on y comprendre ? Le feu, quand il a atteint cette puissance, n’obéit qu’à lui-même ».

Boychuk cherchait-il une amoureuse ? Avait-il perdu la tête, fou de douleur après avoir vu sa famille entière périr dans les incendies ? Le temps a fait de lui un personnage entre fiction et réalité. Il est, pour la photographe, le chaînon manquant pour avoir le sentiment de mesurer pleinement la portée de ces Grands Feux et de pouvoir en raconter l’histoire.

Je vous laisse le plaisir de découvrir ce roman, traduit dans 14 langues depuis sa parution. Il nous rappelle avant tout à quel point la liberté est précieuse. Ces trois hommes sont prêts à sacrifier leur confort, à s’accoutumer à la rudesse de la vie en forêt dans un pays où les hivers sont glacials… et s’ils le font, c’est parce que ce sacrifice leur permet de choisir la moindre minute de leurs journées.

A un âge certain, n’est-ce pas la plus formidable des opportunités ?


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