La vie est belle, Roberto Benigni


La vie est belle – Résumé

Guido, serveur et libraire juif exubérant et passionné, s’éprend d’une jeune femme, Dora, donnant naissance au petit Giosué.

De nature optimiste et joyeuse, Guido ne se méfie pas de la montée en puissance du totalitarisme, jusqu’au jour où lui et son fils sont arrêtés et doivent monter à bord d’un train qui les emmène vers un camp de concentration.

Afin d’épargner à Giosué l’horreur de la réalité, Guido décide d’inventer une jolie fable et de faire croire à son fils que tout ceci n’est qu’une vaste compétition pour gagner un char d’assaut. Pas un jouet, mais un véritable char d’assaut.


RéalisateurRoberto Benigni.
Durée du film minutes.
Note – ★★★☆☆
La vie est belle, Roberto Benigni

La vie est belle – Critique

La vie est belle de Roberto Benigni fait aujourd’hui partie des classiques, de ces films qu’il est important de voir pour nourrir sa culture cinématographique… mais c’est aussi un film qui divise et qui, pour ma part, m’a laissé une impression très mitigée.

L’histoire se déroule en Italie, dans les années 30. Guido (joué par Roberto Benigni lui-même) est serveur dans un grand hôtel et aspire à ouvrir sa propre librairie. Le contexte n’y est guère favorable car, en pleine montée des totalitarismes en Europe, entreprendre reste compliqué.

Guido déborde d’exubérance, d’espièglerie, quitte à (souvent) paraître fatigant. Il vit sa vie sur le ton de la plaisanterie, la moindre émotion qu’il ressent semble démultipliée… et c’est particulièrement flagrant lorsqu’il s’éprend de Dora (Nicoletta Braschi, la femme du réalisateur dans la vraie vie).

Leurs rencontres elles-mêmes sont incongrues : au gré d’une panne de freins, il est confondu avec un dignitaire en visite dans un village ; il se fait aussi passer pour un inspecteur d’école convié dans l’établissement où exerce Dora, pour évoquer la notion de supériorité raciale.

Dora devient aussitôt sa « princesse » et comme l’exige une princesse, il nourrit le rêve de l’enlever pour l’épouser avec la passion propre à son caractère.

Guido est aussi un homme intelligent, qui se livre à des joutes verbales avec le Dottor Lessing, un médecin allemand (Horst Buchholz) qui fréquente régulièrement l’hôtel où il travaille, se lançant mutuellement le défi de résoudre des énigmes.

Le temps passe, les années défilent, l’Europe est gagnée par les profonds bouleversements de la Seconde Guerre Mondiale… Quand on retrouve Guido, il a un fils, Giosué, une librairie comme il en a toujours rêvé. Un fragile bonheur qui vole en éclats quand il est déporté dans un camp de concentration avec son fils et son oncle. Car oui, Guido est juif.

Et en cette année 1945 où la guerre touche à sa fin, les villages d’Italie sont vidés de leurs habitants juifs, envoyés vers les camps de la mort.

La vie est belle, Roberto Benigni
La vie est belle, Roberto Benigni

La réalité du camp est insoutenable alors, pour protéger son petit garçon de l’horreur des adultes, Guido invente une jolie fable : ils sont là pour participer à un concours, très difficile, où la moindre erreur peut entraîner une disqualification.

Ils doivent accomplir des tâches ardues, remplir des missions, tout ceci pour obtenir les 1000 points nécessaires à l’obtention d’un lot qui fait déjà briller les yeux de Giosué : un char, un vrai char d’assaut, qu’il pourra même conduire.

La bande-son, imaginée par Nicola Piovani, vous reste longtemps en tête et sait souligner les émotions d’un film qui oscille en permanence entre comédie et drame. La fin est bouleversante, que l’on ait adhéré ou non au reste des choix scénaristiques. Le petit Giosué (joué par Giorgio Cantarini) est à croquer, plein de spontanéité et d’expressivité.

La vie est belle de Roberto Benigni est un film qui m’a cependant laissé un certain malaise. Guido, loin de me sembler drôle, m’a souvent paru épuisant et pathétique. Ses tentatives de séduction insistantes, son incapacité à aborder les situations autrement que par le rire et la dérision, à parler sans discontinuer, m’agaçaient déjà dans la première partie du film.

Elles m’ont encore plus agacée dans la seconde partie, à partir de sa déportation. En effet, il en vient à se moquer des angoisses de son fils de 5 ans, l’accusant d’être crédule et naïf parce qu’il lui rapporte ce qu’il a entendu, à savoir que les gens étaient brûlés dans le camp pour que l’on fabrique des boutons et du savon à partir de leurs restes.

Vouloir protéger ses enfants est légitime, vouloir leur épargner la noirceur du monde quand elle est si obscure, est louable… mais à quel point et à quel prix ? C’est, pour moi, la vraie question que pose le film de Benigni.

Et pour ma part, j’ai tendance à ne pas aimer quand on « nie » les émotions des enfants, je pense qu’ils comprennent bien plus que ce qu’ils laissent parfois paraître.

Roberto Benigni était conscient que son approche de la la Shoah était susceptible de choquer, il s’est donc entouré de personnes capables de lui apporter un regard consultatif sur le projet, notamment Shlomo Venezia, survivant d’Auschwitz dont je vous ai déjà parlé sur le blog.

Il s’est aussi inspiré de l’histoire de son propre père, déporté dans le camp de Bergen-Belsen où il a passé 3 ans, et de celle de Rubino Romeo Salmoni, survivant de la Shoah (rescapé d’Auschwitz).

On l’a néanmoins accusé de tourner la Shoah en dérision dans La vie est belle. Pour ma part, il n’y a pas de dérision car l’attitude de Guido m’apparaît plutôt comme désespérée. Chacun gère le désespoir avec les armes dont il dispose : certains sont abattus, d’autres s’en servent au contraire pour nourrir une rage de vivre extrême, tandis que Guido, lui, y fait face par un humour qui flirte avec l’absurdité.

La vie est belle n’est pas réaliste, n’a pas vocation à l’être et je pense qu’il faut l’accepter comme tel, sous peine de haïr ce film : une attitude comme celle de Guido, qui parle fort, se fait remarquer, se plaint sans cesse, lui aurait probablement – dans la vraie vie – valu d’être abattu par les nazis ou mis au ban par les autres prisonniers.

J’aime bien, à ce sujet, ce qu’en dit Simone Veil dans son autobiographie : « Aucun enfant ne s’est jamais retrouvé dans un camp au côté de son père, et aucun déporté n’a vécu une libération semblable au happy end miraculeux et ridicule sur lequel se clôt le film. Il s’agit d’une espèce de conte dénué du moindre rapport avec la réalité« .

Le film n’a, à mon sens, pas pour mission de raconter la Shoah. C’est peut-être davantage la thématique des ressorts que l’on déploie pour faire face aux situations de la vie que l’on ne peut – humainement – pas gérer. Le film a en tout cas décroché plusieurs Oscars (Meilleur Film en Langue Etrangère, Meilleure Partition Dramatique originale, et Meilleur Acteur pour Roberto Benigni dans le rôle de Guido).

Si vous avez vu ce film, n’hésitez pas à partager dans les commentaires ce que vous en avez pensé (sans dévoiler la fin !).


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