Le septième sceau, Ingmar Bergman : divin !


Le septième sceau – Résumé

Au XIVe siècle, en Suède. Une grande épidémie de peste ravage le pays.

Un chevalier, Antonius Block (Max von Sydow), est fraîchement revenu de croisade avec son fidèle écuyer Jöns (Gunnar Björnstrand) ; sur une plage, il rencontre la Mort (Bengt Ekerot).

Craignant le sort qui l’attend s’il la laisse l’emporter, Block parvient à négocier avec elle un sursis : la Mort lui accorde une partie d’échecs. Si Block la gagne, elle le laissera en paix. Si Block perd, la Mort l’emmènera mais il aura gagné un peu de temps.

Un temps que le chevalier espère mettre à profit pour répondre aux nombreuses questions existentielles qui le tourmentent.


RéalisateurIngmar Bergman.
Durée du film minutes.
Note – ★★★★★

Le septième sceau, Ingmar Bergman

Le septième sceau – Critique

Le septième sceau est un film mythique d’Ingmar Bergman que je n’avais encore jamais vu. Mon ignorance en matière de cinéma a parfois du bon, elle m’amène à porter un regard non influencé sur ces films que l’on qualifie de « chefs d’oeuvre » et ces réalisateurs « légendaires ». Elle me permet de dire que je n’aime pas, même quand il s’agit d’un réalisateur encensé par la critique. Elle m’autorise à comparer des gens qui, dans l’esprit des férus de cinéma, ne sont peut-être pas comparables. « Je ne suis pas assez jeune pour tout savoir », écrivait l’auteur de Peter Pan. Il en va de même pour moi et le cinéma : j’ose la franchise parce que j’ai tout à apprendre.

L’univers du film Le septième sceau m’a fait penser au Ruban Blanc de Haneke que j’ai critiqué ici. Chronologiquement, ça aurait dû être l’inverse puisque le film d’Ingmar Bergman remonte à 1957. J’ai retrouvé un style… le noir et blanc, bien sûr, mais aussi une grande maîtrise des jeux de lumière, des visages, des ombres, des détails, un véritable tableau qui prend vie sous vos yeux. Mais là où Haneke m’avait déçue par excès de fatalisme et de noirceur, Bergman m’a rivée à l’écran.

L’histoire, d’abord, à la frontière du fantastique.

Le septième sceau, Ingmar Bergman

Antonius Block évolue au Moyen-Age, dans un monde où l’on croit aux sorcières et au Diable, où une épidémie de peste noire ravage tout sur son passage. Des morts par milliers mais surtout une peur insidieuse qui contamine les esprits. Une peur que l’Église récupère pour attirer plus de fidèles. Une peur que les acteurs doivent apprivoiser pour continuer à séduire le public. Une peur qui conduit des hommes pieux à voler. Block affiche la façade d’un homme réservé, en proie à des questionnements intimes d’une portée considérable : la peur du néant, le doute terrible qui l’envahit quant à l’existence même de Dieu.

La religion est omniprésente dans le film. On la retrouve à travers l’histoire des trompettes de l’Apocalypse : dans la Bible, il est question d’un livre scellé de sept sceaux, que personne n’a pu ouvrir. Ces sceaux correspondent à des révélations faites aux Hommes sur les dangers qui les menacent (guerres, famines, épidémies, etc). L’ouverture du septième sceau coïncide avec l’apparition de sept anges à qui l’on remet sept trompettes pour annoncer divers malheurs et événements. Cette annonce est précédée d’un grand silence dans les Cieux.

Ce silence divin est au cœur des préoccupations du chevalier Antonius Block à l’heure où la Mort le menace : « Est-il si difficile d’appréhender Dieu avec ses sens ? Pourquoi doit-il se cacher au milieu de promesses vagues et de miracles invisibles ? Comment pouvons-nous croire les croyants quand nous ne nous croyons pas nous-mêmes ? Qu’arrivera-t-il à nous qui voulons croire mais ne le pouvons pas ? Et qu’en est-il de ceux qui ne veulent ni ne peuvent croire ? » s’interroge-t-il. « Je veux la connaissance. Pas la foi, pas les suppositions. La connaissance. Je veux que Dieu me tende la main, qu’il dévoile son visage et qu’il me parle, mais il reste silencieux ».

L’esthétique du film emprunte beaucoup à l’univers du théâtre. Il y a dans Le septième sceau quelque chose d’épuré, une simplicité très puissante des décors et des êtres. La plage de galets, le mouvement rythmique des vagues qui viennent s’y écraser, le jeu d’échecs posé là, la forêt et son pesant silence, la roulotte sans artifice des acteurs. La Mort, si présente et charismatique dans un sobre habit noir et un maquillage blafard à mi-chemin entre le crâne et le clown blanc, avec cette attitude à la fois dramatique et pragmatique. Un rôle dans lequel Bengt Ekerot excelle.

Compte tenu des thèmes abordés, le film pourrait être pesant et pourtant, ce n’est pas le cas. Certaines scènes créent une rupture bienvenue : amourette champêtre, représentation donnée par des acteurs devant une foule sceptique, franchise parfois insolente de l’écuyer, simplicité brutale de ces hommes qui se laissent aller à la moquerie, à la tromperie dans une joyeuse désorganisation. On est très loin d’Hollywood : il n’est pas question d’effets spéciaux, de quête de réalisme, de suspense à vous donner la chair de poule. Il y a cette profondeur qui vous fait réfléchir, ce rythme lent où il se passe pourtant tant de choses. Les dialogues en suédois apportent une musicalité particulière à l’ensemble et la bande originale signée Erik Nordgren m’a particulièrement plu (ce compositeur a d’ailleurs collaboré avec Bergman sur de nombreux films).

Le septième sceau, Ingmar Bergman

J’ai beaucoup aimé cette parenthèse offerte par Le septième sceau. Ce film est comme un message posé là, dont chacun fait ce qu’il veut. On n’a pas l’impression d’être les otages du marketing ou d’une vision du monde que l’on voudrait nous faire partager. On nous dit quelque chose, libre à nous de penser cette quête spirituelle comme on l’entend. C’est un film qu’on ne peut pas appréhender en un seul visionnage, certaines phrases mériteraient d’être notées pour réfléchir dessus. Mais dès la première fois, Le septième sceau vous laisse une marque indélébile.


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3 commentaires sur “Le septième sceau, Ingmar Bergman : divin !

  • Thierry

    Coucou.
    Je ne connaissais pas du tout Le Septième Sceau. Merci pour le petit résumé. Il a l’air vraiment intéressant ce film. Je suis allé regarder la bande-annonce et je pense que je vais le voir en streaming ce weekend.

    Répondre à Thierry
    • Allée des Curiosités

      J’espère qu’il te plaira, c’est un cinéaste vraiment impressionnant, qui fait réfléchir longtemps après la fin du film.

      Répondre à Allée
    • Thierry

      Merci pour cette découverte en tout cas !

      Répondre à Thierry
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