Retour à Birkenau, Ginette Kolinka – Témoignage d’une rescapée des camps


Retour à Birkenau – Résumé

Ginette Kolinka est revenue de Birkenau et de Bergen-Belsen.

Dans ce témoignage, elle raconte sa déportation mais aussi comment, aujourd’hui, elle tente de transmettre le flambeau de la mémoire aux lycéens qui se rendent en Pologne pour visiter ces lieux.


Auteur.
Taille du livre112 pages.
Note – ★★★★★

Retour à Birkenau, Ginette Kolinka

Retour à Birkenau – Avis sur le livre

De ces témoignages de rescapés des camps, on ressort toujours étourdi. Avec le sentiment qu’ils ne savent pas eux-mêmes pourquoi ils sont revenus alors que tant d’autres y sont restés. Avec le sentiment qu’il n’y a aucune logique, aucune explication tangible. Un mélange de hasards favorables (je ne commettrai pas l’affront de parler de « chance »…), d’une résistance mentale et physique peut-être plus forte…

Ginette Kolinka a survécu à Birkenau et à Bergen-Belsen, où elle a été déportée en 1944. Avec celle qu’elle appelle Simone (Simone Veil, bien sûr). Et avec Marceline, dont elle ne donne pas non plus le patronyme mais en qui vous reconnaîtrez sans doute Marceline Loridan-Ivens.

Elle a survécu et pendant longtemps, elle a tu ce qui s’était passé. C’est une rencontre avec Steven Spielberg, alors qu’il recueillait des témoignages dans le cadre de la préparation du film La Liste de Schindler, qui a ouvert les vannes du passé et l’a poussée, à petits pas prudents, à transmettre le flambeau de la mémoire aux jeunes générations, en accompagnant des voyages scolaires à Birkenau et en intervenant dans les lycées.

L’histoire de Ginette est celle de tant de victimes de l’époque : une famille juive, parvenue à se cacher pendant une bonne partie de la guerre… jusqu’à une dénonciation qui fait tout basculer. Elle se retrouve dans un train avec son père, son petit frère de 12 ans et son jeune neveu, en route pour Auschwitz-Birkenau après un bref emprisonnement sur le territoire français.

Chaque émotion, chaque petite bribe de ressenti, prend des proportions démesurées. Ginette Kolinka reconnaît ainsi, dans Retour à Birkenau, à quel point elle était naïve avant de comprendre la réalité des camps. Emprisonnée aux Baumettes avant sa déportation, elle avait pu écrire à sa famille pour demander des affaires : elle avait réclamé de l’ambre solaire et des maillots de bain, pensant à l’été 1944 qui s’annonçait…

Plus tard, elle se sentira bête de n’avoir rien vu venir. Elle se rassurera en se rappelant qu’il y avait avec elle des intellectuels, qui n’étaient pas plus capables qu’elle d’imaginer la vérité. Qui aurait pu la blâmer ? Quel être humain normalement constitué peut concevoir que l’on brûle des gens dans un crématoire après les avoir gazés, au nom de convictions d’un autre âge ?

Il y a ces phrases que l’on regrette toute sa vie, aussi.

« ‘Il y a des camions pour les plus fatigués’. Cette phrase, soixante-dix ans après, résonne encore en moi. ‘Il y a des camions pour les plus fatigués’. Dans ma naïveté, cette naïveté qui m’a peut-être sauvée et qui les a condamnés, je pense à mon père, amaigri par ces dernières semaines, exténué par le voyage, je pense à Gilbert, mon petit frère, qui n’a que 12 ans, à sa petite tête ébouriffée. Et je m’entends leur crier : ‘Papa, Gilbert, prenez le camion !’ C’est toujours ça qu’ils n’auront pas à faire à pied. Je ne les embrasse pas. Ils disparaissent. Ils disparaissent ».

Et ce jour où Ginette Kolinka ne trouvera pas les mots pour le dire avec diplomatie, après la guerre. Ginette, ses 20 ans pour 26 kilos à la sortie des camps. Et cette faim qui lui reste en tête, cette faim impossible à assouvir, cette faim qui fait de vous un presque-animal au point que l’on ne se reconnaît plus.

« Tous les jours, il y a des mortes. Certaines filles, plus sentimentales que moi, prennent la peine de les traîner dans un coin, pour les entasser. Moi, j’en ai une, de morte. Ma morte. Elle tombe sur mon épaule, je la redresse, elle retombe, je la relève à nouveau, ah ça, pour m’énerver, elle m’énerve ! Mais je la garde, ma morte, je la conserve précieusement, je me dis qu’un jour ils vont bien finir par nous ouvrir, nous donner à manger, quelque chose, n’importe quoi. Et alors, je leur dirai : ‘Mais non, elle dort ma copine, donnez-moi sa part !’ Voilà où j’en suis. Voilà ce que je suis devenue ».

Ginette Kolinka se dit surprise que les jeunes générations l’interrogent si peu sur la faim, alors qu’elle est pour elle l’élément dominant son souvenir des camps.

J’ai ressenti une connexion toute particulière à son récit car elle décrit des émotions que j’ai moi-même ressenties en allant à Auschwitz-Birkenau (vous pouvez lire la partie de mon récit sur Birkenau ici).

Comme elle, j’ai trouvé ça incongru de voir des maisons neuves construites à deux pas de l’entrée du camp. Comme elle, j’ai été choquée de voir des gens promener leur chien au milieu des vestiges du camp de concentration de Plaszow, comme si le lieu n’avait pas ce terrible vécu et qu’il s’agissait d’un simple jardin public peuplé de quelques ruines. Comme elle, je suis profondément consciente de la fragilité de cette mémoire à transmettre.

Ginette Kolinka souligne aussi la maladresse de certains propos, comme lorsqu’une guide explique que la mort dans les chambres à gaz était « rapide, vingt-cinq minutes ». En quoi 25 minutes de souffrance, imaginer un être aimé agoniser pendant 25 minutes, correspond-il à l’idée d’une mort « rapide » ?

Retour à Birkenau, Ginette Kolinka
Retour à Birkenau, Ginette Kolinka – Libération du camp de Bergen-Belsen en 1945

Elle insiste également sur le caractère « incomplet » d’une visite à Auschwitz-Birkenau aujourd’hui… une chose dont il faut prendre conscience en y allant, même si bien sûr on ne peut « qu’intellectualiser » sans voir ce qu’était un tel lieu à l’époque.

« Moi j’imagine l’odeur, j’imagine la saleté, j’imagine les gens qui grouillent. Tout en sachant que ce n’est pas possible. Mais pour moi, c’est ça. C’est ce camp-là que je vois. Et je suis malheureuse, inquiète, de penser que les visiteurs qui viennent ici, seuls ou sans guide, puissent s’imaginer… Comment voulez-vous voir la fumée, les cris, les bousculades ? Ces dizaines de milliers de gens qui travaillent, qui courent, qui tombent ? Plus rien de tout ça. Les allées sont bien propres, bien nettes, ils ont mis des gravillons, un tapis en caoutchouc, pour que personne ne soit dans la boue. De toute façon, il n’y a plus de boue ».

Alors lisez ce témoignage… et gardez-le bien au creux de vous si vous accomplissez un jour ce voyage.


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2 commentaires sur “Retour à Birkenau, Ginette Kolinka – Témoignage d’une rescapée des camps

  • Valerie

    Marlène,
    Que j’ai aimé ce livre ! Ce petit bout de femme a un charisme fou, de l’humour et un bagou qui peut dérouter quand elle parle de Birkenau… Je pense que vous aimerez visionner « les rendez vous à l’auditorium » en date du 15/09/19 sur le site du mémorial de la Shoah… Elle y parle de son livre et de son vécu. Elle est saisissante de réalisme, surtout quand elle parle de la crasse. De toutes mes lectures, c’est elle qui m’a fait ressentir le plus la « vie » dans le camp. Elle n’est pas dans le récit historique ou mémoriel, elle parle du quotidien d’une personne lambda dans l’enfer, ni héroïque, ni brave, ni résistante…. elle est là et elle veut survivre. Bref, chapeau bas Ginette !!

    Répondre à Valerie
    • Marlène

      Merci Valérie, j’avais vu ce rendez-vous au Mémorial de la Shoah et je ne pouvais malheureusement pas y aller car j’étais en Israël à ce moment là, contente d’apprendre que ça a été enregistré !

      Répondre à Marlène
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