Yves Saint Laurent, Jalil Lespert : le biopic officiel


Yves Saint Laurent – Résumé

« On ne sait pas d’où vient un goût, un instinct. Personne ne vous l’apprend. D’où que nous venions, nous naissons seuls avec lui ».

Ces mots peuvent-ils résumer l’homme que fut Yves Saint Laurent ? Couturier de génie, homme tourmenté, complexe et fascinant, il a inspiré ce biopic de Jalil Lespert servi par un casting de toute beauté.

Mais peut-on capturer l’essence d’un homme comme Saint-Laurent ? C’est là tout le défi du film…


RéalisateurJalil Lespert.
Durée du film minutes.
Note – ★★☆☆☆

Yves Saint Laurent, le film de Jalil Lespert

Yves Saint Laurent – Critique

Aujourd’hui, j’ai décidé de vous présenter le premier biopic sur Yves Saint Laurent sorti cette année… avant celui signé par Bertrand Bonello. Jalil Lespert, dont le film est sorti en début d’année 2014, nous livre un biopic très traditionnel auquel j’avoue ne pas avoir trouvé de réelle originalité.

Il débute après la mort d’Yves Saint Laurent (joué par Pierre Niney) alors que leur collection commune d’œuvres d’art est en train d’être emballée en prévision d’une énorme vente aux enchères. Pierre Bergé (interprété par Guillaume Gallienne) prend la parole en voix-off et s’adresse à son compagnon aussi brillant que fragile pour retracer son histoire.

Ces quelques passages narratifs servent d’interlude entre des flashbacks qui reviennent sur de grands épisodes de la carrière du couturier : sa collection inspirée des œuvres de Mondrian, l’ouverture de sa boutique « Saint Laurent rive gauche », etc.

Yves Saint Laurent, le film de Jalil Lespert

Le film Yves Saint Laurent est tourné vers l’homme plus que vers l’artiste. Il nous dévoile un jeune homme introverti, créatif mais terriblement inhibé, dans une retenue permanente. Un jeune homme qui se sent souvent seul, écrasé par la pression, travaillant d’arrache-pied. Yves Saint Laurent y apparaît comme un électron libre autour duquel on nous montre tous ceux qui ont gravité avec plus ou moins de succès : le mannequin Victoire Doutreleau (Charlotte Le Bon), sa muse ; Betty Catroux (Marie de Villepin), mannequin également, qui faisait partie de ses amies fidèles ; Loulou de la Falaise (Laura Smet), qu’il a recrutée comme créatrice de bijoux.

C’est elle qui, d’après le film, aurait initié le timide Yves Saint Laurent à la drogue, l’entraînant peu à peu dans des soirées de beuverie où les alcools forts se mélangent à la coke, où l’on se bat et où l’on fait scandale. Peu à peu, le couturier se transforme, semble prendre de l’assurance tout en étant rongé profondément par ses démons intérieurs.

Dans ce tableau, Pierre Bergé apparaît comme un ange gardien, la voix de la raison, le businessman qui a la tête sur les épaules et tente à chaque instant de protéger son jeune compagnon, des autres autant que de lui-même. Guillaume Gallienne est, dans ce rôle, captivant et sait mettre en avant toute la complexité d’une relation à mi-chemin entre amour et affaires, entre contrôle et protection. On voit leur couple surtout sous cet angle qui relève presque du « maternage » (Bergé allant jusqu’à le priver de sortie dans une scène du film).

Brièvement, le film évoque Jacques de Bascher, le compagnon de Karl Lagerfeld qui a entretenu une liaison avec Saint Laurent avant que Pierre Bergé ne lui ordonne de cesser tout contact avec son compagnon.

Yves Saint Laurent, le film de Jalil Lespert

C’est un film qui parle d’un peu tout et qui, au final, m’a donné l’impression de ne parler de rien. Il aborde la mode, les égéries, l’amour, les déboires mais ça manque d’un parti pris. Même la musique m’a semblé très convenue, très prévisible. Pierre Bergé (le vrai !) a soutenu ce film plutôt que l’autre… mais à vrai dire, je n’ai pas trouvé qu’il renvoyait une image intéressante d’Yves Saint Laurent.

Pierre Niney n’est pas en cause, il livre une interprétation aussi touchante que juste. J’ai cependant trouvé qu’Yves Saint Laurent était présenté comme un homme si torturé, tyrannique et parfois déplaisant, que son génie créatif passait au second plan. Où est le grand couturier audacieux, qui a réinterprété les codes masculins pour les adapter à la femme moderne, audacieuse et sûre d’elle ? Il manque terriblement dans ce film.

On ne plonge pas dans son art, pas plus qu’on ne plonge dans sa vie. On en brosse un portrait rapide, superficiel… et, à mes yeux, décevant.


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